Cuba suffoque à nouveau. La perte de la rente pétrolière vénézuélienne a entraîné une raréfaction des livraisons de carburant. Récemment, plusieurs aéroports du pays ont signalé une pénurie de kérosène, menant à l'annulation de nombreux vols. Cette crise énergétique met en lumière la fragilité de l'économie cubaine, encore dépendante et isolée. Au cœur de cette situation se trouve le port de Mariel, symbole des espoirs et des échecs économiques de l'île.
Un petit port devenu symbole de l’exil cubain vers la Floride
En 1980, Fidel Castro annonce aux Cubains qu'ils peuvent quitter le pays, mais par le port de Mariel, dans une action surprenante. Ce choix n'est pas anodin : il intervient alors que la diaspora cubaine en Floride s'intensifie et que l'opposition au régime se renforce. Pendant environ sept mois, près de 125 000 Cubains, appelés les "marielitos", embarquent vers une nouvelle vie en Floride. Pour Miami, cela représente une augmentation significative de la main-d'œuvre, de près de 7 %.
Malgré les craintes initiales que cette migration entraîne une chute des salaires, une étude menée par l'économiste David Card prouve le contraire, montrant que l'économie de Miami peut absorber et s'adapter à ce choc démographique.
Le laboratoire économique inattendu de David Card
David Card a utilisé cet exode comme un cas d'étude pour analyser l'impact de l'immigration sur le marché du travail. En comparant Miami à d'autres villes américaines qui n'ont pas connu l'arrivée des "marielitos", il conclut que l'économie locale a non seulement survécu, mais s'est également réorganisée et a créé de nouveaux emplois. Ce résultat a été déterminant pour lui, lui valant le prix Nobel d'économie en 2021.
De l’exode au "hub maritime": le pari du port de Mariel
Plus de trente ans plus tard, le gouvernement cubain tente de transformer Mariel en hub maritime. Cette idée ambitieuse vise à faire de ce port un point névralgique du commerce mondial, particulièrement au sein des Caraïbes. Mariel, avec sa position stratégique, pourrait jouer un rôle essentiel si les relations avec les États-Unis s'améliorent à l'avenir.
Pour réaliser cette vision, en 2010, Cuba lance d'importants travaux d'infrastructure pour moderniser le port et attirer les navires de grande taille qui vont commencer à circuler dans le canal de Panama. Les investissements étrangers affluent, notamment du Brésil et de la Chine, dans une tentative de faire de Mariel un acteur clé de la logistique internationale.
Port de Mariel, symbole d’un pari économique raté
Toutefois, en 2026, Mariel ne s'est pas imposé comme prévu : la zone spéciale de développement a attiré beaucoup moins d'investissements qu'anticipé en raison de lourdeurs administratives et d'un déficit de financement. Pendant ce temps, la crise en cours et les sanctions américaines aggraveront encore la situation, aboutissant à une nouvelle crise énergétique avec des coupures de carburant.
Sous pression américaine, un futur toujours suspendu
À l'heure actuelle, la pression sur La Havane est maximale alors que les politiques américaines à l'égard de Cuba deviennent de plus en plus strictes. Laissons-nous dire que si un jour le régime fait des concessions à cette pression, le port de Mariel pourrait devenir un site stratégique pour les entreprises américaines envisageant un futur après l’embargo.







