Dans un supermarché de Bahreïn, Mahmoud Ali fait ses courses comme d'habitude. Bien que les rayons soient encore approvisionnés, le blocage des voies d'entrée dans la région se ressent en caisse.
"Il n'y a pas de pénurie", déclare ce père de famille, ajoutant qu'il a constaté une hausse significative des prix, notamment de la viande qui "a presque doublé".
Comme beaucoup d'autres pays de la région, la monarchie de Bahreïn est fortement dépendante des importations alimentaires. La guerre déclenchée le 28 février par l'offensive israélo-américaine contre l'Iran a gravement perturbé l'acheminement des marchandises par le détroit d'Ormuz, désormais presque inaccessible.
L'économiste Frédéric Schneider, du Middle East Council on Global Affairs, note que "les ports des Émirats arabes unis, du Qatar et du Koweït ont fortement réduit leur activité". Le transport aérien, autre pilier logistique, est également affecté par de nombreuses attaques de drones et de missiles.
Un flot de poids lourds
Face à cette crise, l'Arabie saoudite se positionne comme un carrefour stratégique pour l'approvisionnement, profitant d'espaces aériens ouverts et d'un trafic maritime vers ses ports de la mer Rouge.
Pour compenser l'interruption des ports du Golfe, le royaume a mis en place des initiatives visant à optimiser ses réseaux de transport, facilitant ainsi l'acheminement des conteneurs déroutés. Des journalistes de l'AFP ont récemment observé un flot continu de camions à la frontière avec le Qatar.
Des alternatives terrestres existent, mais elles sont souvent encombrées et coûteuses. Les produits frais, principalement importés d'Asie et difficiles à stocker, sont particulièrement affectés par cette situation.
Les pays du Golfe révèlent des inégalités face à cette crise. L'Arabie saoudite a un accès direct à la mer Rouge, tandis que les Émirats affirment avoir plusieurs mois de stocks. Le Qatar a également renforcé ses réserves stratégiques après avoir subi un blocus en 2017.
Un risque réel de flambée des prix des produits importés
Malheureusement, Bahreïn et le Koweït commencent à subir les conséquences du conflit. Après une ruée dans les supermarchés au début des hostilités, le Koweït a gelé les prix de certains produits de première nécessité. Un responsable du ministère du Commerce du Koweït a révélé que, bien que les prix soient globalement restés stables, la viande et le poisson ont enregistré une hausse de plus de 30 %.
Pour aider à atténuer les effets du blocage, le secteur privé intervient. La chaîne de supermarchés Lulu, qui gère plusieurs magasins dans la région, a mis en place des stocks de quatre à six mois pour les produits non périssables et a affrété des vols spéciaux pour les denrées périssables.
Malgré ces efforts, la situation reste fragile. Frédéric Schneider prévient qu'il existe un risque réel de flambée des prix des denrées importées, principalement les aliments. "Les préparatifs en cours restent insuffisants si la guerre perdure", ajoute-t-il.







