"On s'attend à des pertes," confie Jean-Paul Durup, viticulteur à Chablis, alors que les températures chutent à -6°C. Dans cette région viticole renommée, les vignerons gardent espoir que leurs efforts nocturnes limiteront les effets dévastateurs sur les bourgeons.
Au milieu des vignes blanchies par le gel, Durup n'hésite pas à reconnaître l'efficacité de certaines installations de protection. "Là où c'est en place, ça fonctionne très bien," s'exclame-t-il. Cependant, il est conscient que certaines zones n'ont pas bénéficié de ces dispositifs, ce qui pourrait compromettre la qualité des célèbres vins blancs de Chablis qui se vendent à l'international.
Comme de nombreux collègues, il a vécu une nuit d'insomnie, entrecoupée par les alarmes de ses sondes, le prévenant de la chute des températures. Ces signaux déclenchent une course effrénée vers les systèmes de protection : bougies, chaudières à pellets, asperseurs et éoliennes, tous conçus pour réchauffer l'air autour des ceps.
"Les alertes peuvent survenir à 2 ou 3 heures du matin," explique Durup, tout en surveillant attentivement son asperseur. La machine arrose les bourgeons d'eau, qui se fige ensuite pour offrir une protection.
Jean-François Bordet, du Domaine Séguinot-Bordet, est également sur le front : "J'ai mis le paquet : mille bougies, des asperseurs, des tours antigel." Bordet, coprésident de la Commission Chablis, se souvient des pertes catastrophiques de 2021, mais il reste optimiste quant à cette année, affirmant que les dégâts ne seront pas aussi sévères.
Toutefois, ces mesures de protection pèsent lourdement sur le portefeuille des vignerons. Chaque bougie coûte environ 10 euros et ne dure que quelques heures, rendant impossible une couverture complète de toutes les parcelles, comme le déplore Bordet.
"C'est une situation difficile," insiste-t-il. "Ces gelées n'ont pas été inconnues, mais jamais la végétation n'a été aussi précoce." Jean-Paul Durup partage ce sentiment, affirmant que ce phénomène est dû au dérèglement climatique. "Des hivers trop doux en février et mars aggravent la situation," ajoute Thiébault Huber, président de la Confédération des appellations et des vignerons de Bourgogne (CAVB).
D'autres régions viticoles, comme la Côte d'Or, ont également été touchées par le gel, mais les vignerons de Pommard et de Meursault ont constaté peu de dégâts grâce à des conditions climatiques plus favorables. François Labet du Château de la Tour se dit relativement rassuré par la situation.
Pour les vignerons de Chablis, la lutte n'est pas près de se terminer, avec des gelées potentielles attendues jusqu'aux fameux saints de glace. "La nuit prochaine pourrait encore être éprouvante," prédit Durup. "Nous sommes tous fatigués, mais il faut continuer de se battre."







