Les tensions commerciales avec les États-Unis, amplifiées par les récentes rivalités, illustrent les tactiques employées par l'administration américaine sur la scène mondiale. Après des incidents comme l'irritante affaire du Groenland, les menaces concernant l'approvisionnement énergétique, notamment en gaz, sont devenues des points de friction majeurs. Andrew Puzder, ambassadeur américain auprès de l'UE, a récemment averti dans le Financial Times que l'absence de contributions européennes pour sécuriser des passages stratégiques pourrait entraîner des conditions moins favorables pour l'Europe dans le commerce du gaz naturel liquéfié (GNL).
Ces propos ont ravivé des discussions au sein de l'Union européenne sur la nécessité d'une contre-attaque, surtout face à la dépendance notable des pays européens vis-à-vis des importations de GNL américain, représentant environ 58 % de leurs besoins. Comme l'indique un rapport de Bloomberg, des responsables allemands ont commencé à élaborer une "carte des vulnérabilités" des États-Unis, visant à développer des stratégies possibles en cas de conflit.
Bien que les diplomates allemands restent discrets quant à l'activation de telles mesures, le ton devient plus ferme. Le porte-parole du ministère de l'Économie souligne que le commerce est devenu un outil prépondérant pour promouvoir les intérêts nationaux.
Exploiter le marché unique européen
Les analyses révèlent que le marché unique, qui regroupe environ 450 millions de consommateurs à fort pouvoir d'achat, constitue un atout considérable pour l'Union européenne. Ce marché est particulièrement vital pour les géants de la technologie tels que Google, Meta et Amazon, qui, après des ajustements réglementaires tels que le Digital Services Act, voient leur emprise remise en question. Ces grands groupes, bien qu'apparus favorables à l'administration Trump, se trouvent désormais dans une position délicate.
Le renforcement des régulations pourrait non seulement affaiblir leur domination sur le marché, mais également perturber l'économie américaine à mesure que de nouvelles restrictions se dessinent.
Les complexités de l'intelligence artificielle
En parallèle, l'industrie de l'intelligence artificielle, en pleine prosperité, montre des interdépendances entre les États-Unis et l'Europe. Pour avancer dans la technologie cloud, des sociétés américaines comme Equinix et OpenAI dépendent d'approvisionnements européens. Selon des sources proches, Siemens joue un rôle essentiel dans les infrastructures critiques de cette industrie. Roland Busch, PDG de Siemens, a récemment souligné les risques de "découplage technologique" entre l'Europe et les États-Unis, en lien avec un cadre réglementaire en préparation par la Commission européenne.
De plus, l'industrie des semi-conducteurs, cruciale pour les États-Unis, reste corrélée à des fournisseurs européens, tels qu'ASML aux Pays-Bas et ses partenaires allemands, alors que Washington appelle ces entreprises à ne pas vendre en Chine pour maintenir un avantage stratégique dans l'IA.
Pharmacie : un enjeu critique
Un secteur sensible à surveiller est l'industrie pharmaceutique. Bien que l'administration Trump ait exercé des pressions sur les sociétés européennes pour les inciter à investir, comme le montre le cas de Sanofi avec 20 milliards de dollars d'engagements aux États-Unis, la réalité est que les États-Unis sont largement dépendants de l'Europe pour des milliers de produits essentiels. La chambre de commerce américaine à Bruxelles souligne que les États-Unis dépendent de fournisseurs européens pour 300 produits critiques, avec une dépendance jusqu'à 90 % pour d'autres. Les entreprises européennes représentent la moitié des principes actifs utilisés aux États-Unis.
Alors que ces contextes rendent les prochaines discussions encore plus délicates, deux pistes ne semblent pas envisagées par l'Allemagne : une attaque contre des bases militaires américaines et des actifs financiers significatifs. Avec 10 400 milliards de dollars d'actions américaines en portefeuille, l'Europe est le principal créancier des États-Unis, et toute tentative de vendre ces actifs risque de plonger les deux parties dans une instabilité financière majeure.







