Les vignerons de l'Yonne, déjà éprouvés par des épisodes de gel précoces, s'apprêtent à affronter de nouveau des températures glaciales cette semaine. Après un mois de mars difficile, ils constatent des ravages dans leurs vignes, en partie à cause de l'avance de la saison, favorisée par des températures exceptionnellement douces en février.
Frédéric Guéguen, un vigneron de l'Auxerrois, a réalisé un bilan alarmant sur ses 12 hectares aux alentours d'Auxerre, notant des pertes évaluées entre 50% et 70% sur certaines parcelles. "L'avantage, c'est que nous sommes encore tôt dans la saison, les contre-bourgeons n'ont pas encore poussé. Ceux qui émergeront seront moins productifs, mais il y a tout de même de l'espoir pour quelques raisins" explique-t-il, visiblement inquiet pour l'avenir.
Certains vignerons ne luttent plus contre le gel
De son côté, Lilian Duplessis, à la tête du domaine Gérard Duplessis à Chablis, évoque l'incertitude : "C'est difficile d'évaluer les dégâts tant que la reprise végétative n'est pas visible. Nous savons déjà que plusieurs gelées successives entraînent forcément des pertes." Depuis quelques années, ce vigneron de 10 hectares en agriculture biologique a décidé de ne plus recourir à la lutte contre le gel, considérant que cela n'était pas en phase avec son engagement écologique.
Une année qui commence mal
La situation pourrait s'aggraver, avec une nouvelle chute des températures prévue cette semaine, pouvant descendre à -3 à -4 degrés durant la nuit de mercredi à jeudi. Frédéric Guéguen s'inquiète : "L'année s'annonce longue, surtout que les années à treize lunes ont tendance à être complexes. Nous devons nous attendre à des caprices climatiques tout au long de la saison." Les températures douces de fin février ont placé les vignes dans une situation précaire, laissant les vignerons désemparés face à de possibles nouvelles pertes.
Un climat détraqué
Lilian Duplessis partage ce sentiment d'impuissance face aux aléas climatiques. "Nous avons le sentiment que ces événements deviennent récurrents. Cela soulève de nombreuses questions sur l'avenir de notre profession. Travailler sous de telles conditions, dépendants du climat, devient de plus en plus compliqué. Les périodes de gel ne sont qu'une partie du problème, car nous devons également faire face à des aléas tels que la grêle, ainsi qu'à la menace de ravageurs qui commencent à toucher nos cultures", confie-t-il, exprimant ses préoccupations quant à l'avenir de son métier.







