Une ancienne élève de l'école Saint-Bernard Sainte-Marthe à Besançon a déposé une plainte pour viol, marquant une étape cruciale pour le collectif de victimes, qui recense une douzaine de signalements dans le Doubs. Ce phénomène rappelle tristement l’affaire Bétharram, faisant surgir des souvenirs d’abus restés silencieux pendant des décennies.
Le mois dernier, une nouvelle plainte a été enregistrée à Bletterans dans le Jura, comme l’a confirmé le parquet de Lons-le-Saunier. Les accusations portées impliquent un frère de la Congrégation, actionnant une dynamique de prise de parole au sein de la communauté.
Une ancienne élève, ayant vécu ces événements dans les années 70, accuse son agresseur d’avoir abusé d’elle alors qu’elle était scolarisée. Ce drame a eu lieu dans un établissement désormais rebaptisé école Saint-Jean, mais qui n’appartient plus au réseau lasallien. Il s'agit de la deuxième plainte rendue publique cette année, suite à la mobilisation du collectif, dont les membres s’efforcent de rendre audibles des voix longtemps étouffées. En février dernier, une première plainte avait été déposée par un ancien élève du collège de Levier.
Une douzaine de victimes recensées par le collectif
Le collectif, conscient des difficultés d’identifier les victimes, a déjà recensé plusieurs témoignages qui restent cachés en raison de la peur de revivre des traumatismes. En tout, dix victimes supplémentaires ont été identifiées, dont huit femmes accusent toutes le même père, désigné comme le 'Frère P.' au sein de l'ancienne école à Besançon.
Le collectif indique également qu’il a pris connaissance de deux autres victimes dans le collège Saint-Joseph à Levier, ayant contacté le groupe récemment. Comme l'explique Philippe Chemineau, co-président du collectif, cette dynamique de signalement est essentielle, car "les prédateurs disparaissent des radars" dans un système opaque.
Une clause de confidentialité "honteuse" ?
L’indemnisation des victimes par la Congrégation est soumise à une clause de confidentialité controversée, qui, selon certaines de ces survivantes, vise à les faire taire. En effet, celles qui acceptent une compensation doivent s'engager à ne pas nuire à l’image de la Congrégation, ce qui, selon Philippe Chemineau, est inacceptable : "C'est un moyen de les faire taire, et cela empêche d'identifier d'autres victimes."
Pour agrémenter ce tableau inquiétant, le collectif a signalé qu'au moins deux anciennes élèves de l'école Saint-Bernard Sainte-Marthe ont reçu des indemnisations. Au début de février, la Congrégation affirmait avoir versé 2.434.882 euros en dédommagements, sans avoir réussi à apporter plus de détails sur les cas intervenus dans le Doubs.
Plus de 200 témoignages dans toute la France
Le collectif de victimes, dont les membres sont désormais plus de 250, dénonce un phénomène qui touche une cinquantaine d’écoles lasalliennes à travers le pays. Leur lutte est loin d'être isolée, et plusieurs autres régions subissent la même réalité. Philippe Chemineau souligne l'importance de ces témoignages : "Il est évident qu'il existe bien plus de victimes, car le 'superprédateur' de Saint-Bernard Sainte-Marthe était actif pendant plusieurs années sur différents sites."
Pour apporter une réponse judiciaire à cette crise, le collectif envisage d’initier une action civile contre la Congrégation des Frères La Salle. Cette démarche représente pour eux un espoir de réparation face à des vies marquées par des drames intolérables.
Pour contacter le collectif de victimes : victimes.lasalliens@gmail.com.







