L'œuvre emblématique de Picasso, Guernica, exposée au musée de la Reina Sofia à Madrid, devient le point de ralliement d'une dispute entre le Pays basque, qui la réclame, et la région de Madrid, ainsi que le gouvernement central. Réalisée presque immédiatement après le bombardement de Guernica par l'aviation nazie en 1937, cette immense toile (7,8 mètres sur 3,5 mètres) est devenue un symbole universel de paix.
Récemment, lors d'une rencontre avec le Premier ministre, Imanol Pradales, président du gouvernement basque, a renouvelé sa demande de transférer temporairement l'œuvre au musée Guggenheim de Bilbao. Il a affirmé sur les réseaux sociaux que, pour le 90e anniversaire du bombardement de Guernica, cette initiative constituerait “une forme de réparation et de mémoire historique”.
Une demande qui suscite des réactions
Suite à cette requête, le ministère de la Culture a commandé un rapport technique auprès du musée Reina Sofia, une démarche répétée au fil des ans. Cette fois-ci, le musée a appliqué une méthode de travail mise en place en 2011, utilisant une technologie robotisée pour évaluer l’état de l’œuvre avant de décider d’un éventuel transfert.
Dans son rapport, le musée a précisé que “les altérations subies par l'œuvre au fil du temps rendent fortement déconseillé son déplacement”.
La présidente madrilène, Isabel Díaz Ayuso, a rapidement réagi, qualifiant la demande de transfert de “plouc” et insistant sur le fait que plus d'un million de visiteurs admirent chaque année Guernica à la Reina Sofia. Son commentaire a provoqué l'indignation des Basques, soulevant des questions sur le sens de la culture et du patrimoine.
La porte-parole du gouvernement, Elma Saiz, a défendu la position d'un dialogue respectueux, soulignant l'importance d'écouter les experts tout en évitant les affrontements verbaux. Le Premier ministre Pedro Sánchez, dont la coalition dépend de l'appui des partis nationalistes, doit naviguer habilement dans ce débat complexe.
Une œuvre d’une portée historique
Le Guernica de Picasso, commandé par le gouvernement républicain espagnol en 1937, a toujours eu une forte charge politique. En 1995, les autorités avaient déjà refusé de le prêter au Centre Pompidou, craignant des dégâts lors du transport. L'année suivante, Bernard Picasso, le petit-fils de l'artiste, s'était opposé à un prêt temporaire au Guggenheim.
Destinée à l’Exposition universelle de 1937, la toile avait été envoyée à New York en 1939, où elle a été largement exposée jusqu'aux années 1980. Picasso avait stipulé qu'elle ne retournerait en Espagne qu'après le rétablissement de la démocratie. Revenu à Madrid en 1981 après avoir voyagé, le tableau est depuis exposé au musée de la Reina Sofia, situé non loin du Prado.







