Emmanuel Macron est arrivé à Rome jeudi dernier, prêt à rencontrer le pape Léon XIV vendredi au Vatican. Cette première entrevue arrive près d'un an après l'élection de ce premier pape américain, alors que les tensions au Moyen-Orient persistent, et que les deux leaders aspirent à des solutions diplomatiques.
Le président français a pris ses quartiers dans le quartier de Trastevere, au sein de la communauté catholique Sant'Egidio, grâce à son ami Andrea Riccardi. Sant'Egidio, un canal diplomatique informel très impliqué dans les affaires moyen-orientales et humanitaires, sera le cadre de ses échanges. Interrogé sur la nature de sa visite, Macron a confirmé : "oui et aussi pour voir mes amis de Sant’Egidio".
La rencontre avec le pape, prévue vendredi à 10H00 (08H00 GMT) au palais apostolique, est signifiée comme une occasion d'aborder des sujets variés allant du multilatéralisme et des enjeux internationaux au climat et à la régulation de l'intelligence artificielle. Cette audience est la quatrième pour Macron, après celles avec François en 2018, 2021 et 2022.
Les deux hommes, bien qu'ils ne se soient jamais rencontrés en personne, avaient échangé par téléphone au mois de mai 2025, peu après l'élection de Léon XIV. À cette occasion, Macron avait fait remarquer qu'il partageait avec le pontife une vision commune visant à allier lutte contre la pauvreté et préservation de la planète.
Cette rencontre signe également un changement dans le style de communication de Macron, qui entretenait une relation directe et familière avec François.
- Vers une diplomatie renouvelée -
L'éminent vaticaniste Marco Politi, auteur de "François, l'Église déchirée", évoque cette rencontre comme un "échange personnel et intellectuel". Selon lui, avec les tensions mondiales exacerbées par la présidence Trump et les conflits au Moyen-Orient, "Macron et Léon XIV cherchent à reconstruire une société internationale fondée sur des règles plutôt que sur le chaos".
Récemment, Léon XIV a prononcé des critiques à l'encontre de Donald Trump, qualifiant inacceptable sa menace de déstabilisation de l'Iran. Macron, pour sa part, s'est montré ferme face aux critiques américaines, regrettant une communication parfois contradictoire de Trump.
Cette rencontre intervient à un moment stratégique, quelques jours avant la visite historique du pape Léon XIV en Algérie, où Macron pourrait évoquer la libération du journaliste français Christophe Gleizes, emprisonné depuis juin 2025.
Sans l'affirmer formellement, l'Élysée indique qu'un "tête-à-tête" essentiel permettra de transmettre divers messages, notamment autour des enjeux sociaux.
- Une invitation à la réflexion -
Léon XIV, francophone et intéressé par la France, reconnaît le pays comme une source de ressources missionnaires pouvant lutter contre le déclin du catholicisme en Europe, selon Martin Dumont, secrétaire général de l'Institut de recherche pour l'étude des religions.
Accompagné d'une délégation incluant Jean-Marc Sauvé, ancien président de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église, Macron souligne la pertinence de la question des violences au sein de l'institution ecclésiastique. En dépit des rapports alarmants de la Ciase en 2021, François n'avait jamais rencontré ces représentants.
Enfin, la question de l'aide à mourir et de la fin de vie pourrait également être abordée, un sujet délicat sachant que le Vatican pénalise l'euthanasie et considère le suicide assisté comme une transgression morale. Emmanuel Macron devrait saisir cette occasion pour inviter formellement le pape en France, une proposition soutenue par le cardinal Jean-Marc Aveline, président de la conférence épiscopale.







