La défaite d'Orbán : l'illibéralisme se transforme plutôt que de disparaître

Une élection éclairante qui redéfinit l'illibéralisme en Europe.
La défaite d'Orbán : l'illibéralisme se transforme plutôt que de disparaître

La récente défaite de Viktor Orbán, ancien Premier ministre hongrois, n’est pas une victoire définitive pour la démocratie. Comme l’expliquent Pierre Clairé et Sean Scull, géopolitologues au think-tank Le Millénaire, l'illibéralisme, bien que temporairement contesté, n’est pas mort. Au contraire, il se prépare à s'adapter et à renforcer ses positions stratégiques.

Lors des élections du week-end dernier, le parti Tisza, dirigé par le rival Péter Magyar, a obtenu une majorité écrasante au Parlement avec un taux de participation record de 77 %. Cette victoire est perçue par certains comme un rejet du régime d'Orbán, marqué par la corruption et l’isolement pro-russe. Ursula von der Leyen a même déclaré que "la Hongrie a choisi l'Europe", suggérant une victoire démocratique. Cependant, cette interprétation semble simpliste.

L’illibéralisme a perdu une élection, mais pas la bataille

La véritable question n’est pas celle de la défaite d’Orbán, mais la nature de cette Nouvelle direction politique. Magyar, malgré ses airs de réformateur, est profondément ancré dans l'idéologie du Fidesz, le parti d'Orbán. Bien qu'il prône un discours moins radical, il partage les mêmes principes illibéraux. Au parlement européen, sa collaboration avec des groupes conservateurs illustre une continuité idéologique troublante.

Les tensions entre la Hongrie et l'UE, notamment en raison des fonds gelés par Bruxelles pour violations de l'état de droit, ont renforcé la perception d'une lutte entre la souveraineté nationale et le fédéralisme européen. Ce précédent a donné aux partisans de l’illibéralisme des arguments solides contre ce qu’ils considèrent comme une coercition bruxelloise.

Un phénomène en évolution, non un cul-de-sac

Interpréter la victoire de Magyar comme un éloignement de l’illibéralisme est une simplification. Celui-ci se présente sous de nombreuses formes à travers l'Europe, qu'il s'agisse du nationalisme pragmatique de Giorgia Meloni en Italie ou du souverainisme de Marine Le Pen en France. Les mouvements illibéraux opèrent en réseau, indépendamment des résultats électoraux. Les événements tels que le CPAC de Budapest et les manifestations internationales unissent les différentes facettes de ce phénomène.

La résilience d'une idéologie

Les défis rencontrés par Orbán, tels que des salaires stagnants et un déficit budgétaire croissant, ont suscité des préoccupations parmi ses alliés internationaux. Cependant, sa chute politique peut le transformer en martyr au service d’une narrative anti-système, renforçant ainsi l'illibéralisme. Paradoxalement, alors que les partis traditionnels adoptent des positions de plus en plus fermes sur des sujets comme l'immigration et la souveraineté, l’idéal illibéral gagne du terrain.

Finalement, même si Orbán a perdu une élection, l’illibéralisme se maintient et s'infiltre dans le discours politique mainstream. Les partis de gauche, par exemple, adoptent des politiques de droite sur des questions telles que l'asile, comme le démontre le modèle danois que le Labour britannique cite en exemple. La ligne entre les idéologies s’effondre, permettant à l’illibéralisme de devenir une langue politique partagée en Europe, ce qui pose un défi majeur pour l'avenir de la démocratie européenne.


Pierre Clairé est géopolitologue et directeur adjoint des études au think-tank Le Millénaire, tandis que Sean Scull est responsable des études États-Unis au même organisme. Ensemble, ils analysent des phénomènes contemporains à la lumière des évolutions mondiales.

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