Ce jeudi 22 avril, la Cour pénale internationale (CPI) a tranché : l’ancien président philippin, Rodrigo Duterte, sera jugé pour crimes contre l’humanité à La Haye. Il est suspecté d’être impliqué dans au moins 76 meurtres liés à sa controversée « guerre contre la drogue », qui a entraîné la mort de plusieurs milliers de personnes dans le pays.
Cette décision marque un tournant significatif. Duterte devient ainsi le premier chef d'État asiatique à comparaître devant la CPI. Élu président des Philippines de 2016 à 2022, ce dernier fait face à des accusations gravissimes de « meurtres » et de « tentatives de meurtres » supposément perpétrés durant sa campagne contre la drogue.
Dans un communiqué publié ce jour-là, la CPI a annoncé : « Les juges de la phase préliminaire ont confirmé à l’unanimité les accusations contre Rodrigo Duterte et ont décidé de le renvoyer en jugement » (source).
Lors de cette phase préliminaire, les procureurs ont souligné que Duterte avait orchestré des exécutions extrajudiciaires de présumés trafiquants et consommateurs de drogue, d'abord en tant que maire de Davao, puis comme président des Philippines. « Il a passé des décennies à assassiner son propre peuple sous le prétexte de protéger le pays », a déclaré Julian Nicholls, membre du bureau du procureur.
Des crimes horribles et des milliers de victimes
Les procureurs accusent Duterte d’être impliqué dans au moins 76 meurtres liés à sa guerre contre la drogue, qui ont résulté en un nombre effarant de victimes. Les accusations incluent la création de listes de cibles et l’incitation à des meurtres, tels que le présentait des vidéos où il menace ouvertement de tuer des consommateurs présumés de drogue.
Le premier chef d’accusation concerne son implication présumée dans 19 meurtres survenus entre 2013 et 2016, alors qu’il était maire. Le deuxième point d'accusation relève de 14 meurtres de « cibles de grande importance » entre 2016 et 2017, période de sa présidence.
Le troisième chef d’accusation porte sur 43 meurtres effectués lors d'opérations de « nettoyage » visant des individus considérés comme de simples consommateurs ou revendeurs de drogue entre 2016 et 2018.
Un procès sans la présence de Duterte ?
Il est peu probable que M. Duterte assiste au procès en personne. Sa défense soutient qu'il est « trop affaibli mentalement » pour suivre la procédure. Sa seule apparition depuis son arrestation a été une comparution par visioconférence, où il semblait confus et affaibli.
Lors de cette audience de confirmation des charges, son avocat a affirmé que Duterte « clame son innocence sans réserve », malgré des discours souvent qualifiés de menaçants. Il n'existe, selon lui, aucun lien avéré entre la rhétorique de son client et les crimes présumés.
Paolina Massidda, avocate représentant les victimes, a déclaré : « Les proches des victimes attendaient ce moment depuis des années. Cette Cour est leur dernier refuge ».
Dans une décision distincte, la Chambre d’appel de la CPI a confirmé, mercredi, la compétence de la Cour dans cette affaire après avoir rejeté un appel de la défense.







