La 61e édition de la Biennale de Venise, qui ouvre en avant-première presse, est marquée par un climat de tensions extrêmes. Le retour de la Russie après son absence depuis 2022 suscite une frénésie de réactions, allant de la démission collective du jury à la menace de l'Union européenne d'annuler une subvention de deux millions d'euros.
Pour la première fois depuis l'invasion de l'Ukraine, la Russie dévoile un projet artistique dans cette vaste exposition d'art contemporain. Des artistes de pays en conflit comme l'Ukraine, Israël et les États-Unis sont également présents, tandis que l'Iran a décidé de ne pas participer.
L'annonce de la participation russe a soulevé une tempête de critiques, surtout parmi les personnalités politiques italiennes et les instances européennes. Un aperçu des défis auxquels est confrontée la Biennale a surgi lorsque, suite à des mandats d'arrêt pour crimes de guerre émis par la Cour pénale internationale, le jury a démissionné en bloc, annonçant l'exclusion de la Russie et d'Israël de tout prix.
Bien que le pavillon russe reste fermé lors de l'ouverture au public, des performances musicales, enregistrées spécifiquement pour cette occasion, seront diffusées sur de grands écrans à l'extérieur des lieux.
Intitulée "L'arbre est enraciné dans le ciel", l'exposition présente une trentaine de jeunes artistes, philosophes et poètes, surtout russes, mais également originaires du Mexique, du Mali et du Brésil. La commissaire de l'événement, Anastasia Karneeva, a exprimé sa gratitude à la Biennale pour sa décision de réunir tous les pays participants.
Le retour de la Russie à la Biennale n'est pas sans rappeler les événements de 2022, lorsque les artistes russes avaient quitté la Biennale par solidarité avec l'Ukraine. Cette année, le climat international étant particulièrement délicat, l'accusation d'immoralité liée à la participation russe a été renforcée par une lettre signée par 22 ministres de la Culture et des Affaires étrangères européens. Le parlementaire français a également exprimé sa désapprobation de la manière dont l'accueil de la délégation russe était géré.
"Les événements culturels financés par des fonds publics européens doivent promouvoir des valeurs démocratiques, un dialogue ouvert, et la liberté d'expression, valeurs bafouées par le régime russe actuel", a déclaré un porte-parole de la Commission européenne.
Ce climat de défiance a conduit l'UE à demander des éclaircissements au gouvernement italien sur l'accueil de la délégation russe, soulevant des préoccupations quant à une potentielle violation des sanctions en place.
La Biennale soutient que la Russie, étant le propriétaire de son pavillon, ne peut être empêchée d'y participer, bien que les organisateurs aient également annoncé le report des cérémonies de remise de prix à novembre, par crainte des répercussions de la démission du jury.
Pour le président de la Biennale, Pietrangelo Buttafuoco, l'art transcende les tensions géopolitiques : "L'art nous ouvre la voie vers l'avenir et nous offre la possibilité d'effacer les catastrophes". Dans un monde où la division semble prédominer, la Biennale de Venise reste un espace de rencontre et d'expression, défiant les convictions historiques.







