La junte militaire au Burkina Faso a pris la décision controversée d'interdire la chaîne TV5 Monde, la qualifiant de « désinformeuse » et accusant ses reportages de favoriser l'apologie du terrorisme. Cette mesure, annoncée mardi, survient au milieu d'une guerre médiatique où le pouvoir en place cherche à gérer la narration des violences djihadistes qui frappent le pays et le Mali voisin.
La situation au Burkina Faso est particulièrement tendue depuis qu'une junte a pris le pouvoir par un coup d'État en septembre 2022. Sous la direction du capitaine Ibrahim Traoré, le régime a intensifié sa lutte contre les médias étrangers, ayant déjà suspendu TV5 Monde par le passé à deux reprises. Le pouvoir accusé de censurer ces médias, cherche à endosser l'image d'une nation souveraine face à ce qu'il considère une manipulation extérieure.
Un contexte de tension avec la France
Cette décision de prohiber TV5 Monde est considérée comme un acte de défi ouvert envers la France. Des analystes estiment que cette mesure vise à durcir la position de la junte face aux critiques concernant son gestion des attaques terroristes. En effet, la chaîne a été accusée par le Conseil supérieur de la communication (CSC) de « complicités avec des actes terroristes » et d'entraver la stabilité des institutions maliennes, comme l'affirme Wendingoudi Louis Modeste Ouédraogo, président du CSC.
Les trois pays du Sahel – le Burkina, le Mali et le Niger – ont changé d'alliés, tournant le dos à la France pour se rapprocher de la Russie, augmentant ainsi les tensions géopolitiques dans la région. Le Burkina Faso, comme son voisin malien, fait face à une recrudescence des attaques de groupes djihadistes comme le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (JNIM), rendant leur gouvernance encore plus difficile.
TV5 Monde déjà sous le coup d'une interdiction au Mali
Quant à TV5 Monde, elle fait face à des difficultés similaires au Mali, où une suspension avait été prononcée en mai 2025 suite à des accusations de partialité. Ce climat de répression médiatique sur la zone du Sahel soulève des inquiétudes quant à la liberté de la presse.
Les mesures d'interdiction touchent plusieurs médias étrangers, notamment des chaînes françaises et des organes d'information comme Le Monde et Radio France internationale. Une tendance inquiétante indique un repli sans précédent sur la liberté d'expression dans cette partie de l'Afrique.
Parallèlement, le Burkina Faso a suspendu plus de 200 associations pour des raisons administratives, manifestant une volonté d’étouffer toute voix critique et de mieux contrôler les narrations sur la société civile.







