Reportage. Entre patrimoine colonial, ambitions américaines et expansion chinoise, cette voie maritime stratégique incarne les luttes géopolitiques contemporaines. Une bataille discrète, mais palpable.
Il est tôt le matin et la lumière du soleil met en valeur les façades colorées de Casco Viejo, le vieux quartier historique de Panama. Les touristes, en majorité américains, déambulent en sirotant leur café tout en prenant des photos des balcons en fer forgé et des murs aux teintes pastel. Les discussions tournent rapidement autour des propos de Donald Trump, qui, au début de l'année dernière, a exprimé son désir de "reprendre le contrôle" du canal de Panama, ainsi qu'un passé colonial qui n'est jamais bien loin dans l'esprit des habitants.
Les réactions à ces déclarations ne sont pas de la surprise, mais plutôt de l'inquiétude face à une menace plus grande : la lutte entre Washington et Pékin pour le contrôle des routes commerciales. Il est indéniable que la présence américaine reste omniprésente dans cette région, où les dollars circulent et où l'empreinte américaine se voit à chaque coin de rue.
Un héritage américain ancré
Les chaînes de restauration rapide américaines dominent le paysage commercial, propageant une culture qui attire de plus en plus d'expatriés venant des États-Unis. La communauté américaine à Panama devrait représenter plus de 16% des touristes d'ici 2025.
Cette influence ne résulte pas seulement de la proximité géographique. Le canal, fruit d'une ambition impérialiste, est, après le désastre du projet français mené par Ferdinand de Lesseps, achevé par les États-Unis en 1914. Toutefois, l'héritage de cette construction est sévèrement ponctué par des pertes humaines, avec plus de 25 000 travailleurs tombés durant cette période.
Après des décennies sous le contrôle américain, les traités de Torrijos-Carter de 1977 ont permis une restitution progressive, achevée en 1999. Toutefois, cette liberté n'a jamais complètement écarté l’influence américaine, visible lors de l'invasion de 1989, lorsque les États-Unis ont renversé le dictateur Manuel Noriega.
Le canal, vecteur de tension géopolitique
Avec un traitement de 5 % du commerce maritime mondial, le canal de Panama est devenu essentiel pour l'économie du pays, générant des revenus annuels s'élevant à environ 5,7 milliards de dollars. Les visiteurs au centre des visiteurs de Miraflores peuvent observer les porte-conteneurs en action, soulignant l'importance de cette artère mondiale.
En parallèle, la présence croissante de la Chine est indéniable. Des investissements dans les infrastructures portuaires témoignent de l'intérêt chinois, qui représente à présent 21 % des marchandises transitant par le canal. Cependant, la récente décision du Panama d'annuler la concession d'exploitation accordée à un groupe hongkongais a provoqué des tensions avec Pékin, marquant un retournement stratégique en faveur des États-Unis.
Opinions divergentes sur l'avenir
La population panaméenne semble partagée sur cette évolution. Une enquête récente a révélé que 72 % des Panaméens s'opposent à une implication américaine dans la gestion du canal. Dans les cafés du Casco Viejo, des voix s'élèvent pour exprimer l'importance de la coopération avec la Chine. Un consultant en finance comenta : "Les Américains sont omniprésents dans notre quotidien. Leur influence est cruciale pour notre économie, mais nous devons aussi attirer les investissements chinois qui ont modernisé nos infrastructures." Un contraste révélateur des sentiments de dépendance et d'indépendance qui règnent ici.
Il est évident que le canal de Panama ne cesse de jouer un rôle central dans la rivalité mondiale, où les aspirations de la Chine et des États-Unis s'entremêlent. Les répercussions de ces dynamiques se matérialisent dans ce carrefour maritime, avec chaque geste et décision ayant des implications bien au-delà des frontières panaméennes.
Alors que les grands cargos continuent de naviguer dans ces eaux stratégiques, une chose demeure claire : le Panama, à l'intersection de ces ambitions géopolitiques, continue d’être un enjeu majeur pour les grandes puissances.







