Face à un marché de l'emploi saturé et à l'épuisement professionnel croissant, une offre originale pour le recrutement de bergers dans les plaines du nord de la Chine a captivé l'attention de nombreux citadins. Plus de 700 candidats, représentant un éventail allant des ouvriers d'usine aux diplômés d'écoles prestigieuses comme celles de Shanghai et Chongqing, ont manifesté leur intérêt pour s’occuper de troupeaux de moutons par des températures pouvant atteindre -30 °C.
L'annonce, publiée par Zuo Xiaoyong, un agriculteur local, a rapidement gagné en popularité sur les réseaux sociaux. Le poste proposé consiste à gérer 3 000 moutons sur une superficie de 2 000 hectares durant l'été, puis à veiller à leur approvisionnement durant l’hiver rigoureux. Avec un salaire mensuel de 8 000 yuans (environ 1 000 euros), incluant la nourriture et le logement, la rémunération dépasse largement la moyenne des secteurs urbains, qui se situe autour de 6 000 yuans.
"Je ne m'attendais pas à un tel engouement", admet Zuo. Cependant, il précise que les conditions de travail doivent être prises au sérieux. "Bien que le salaire soit attrayant, il est essentiel d'évaluer si l'on peut réellement supporter l'isolement. Ce n'est pas un simple emploi saisonnier; il est possible que vous ne voyiez personne pendant un an entier," avoue-t-il.
Un ras-le-bol généralisé
Un dixième des candidats a récemment terminé leurs études universitaires, tandis que d'autres cherchent à échapper à la culture du "996" (travailler de 9h à 21h, six jours par semaine). James Guo, un jeune ouvrier de 21 ans, partage son expérience : "Vous n'avez aucune idée de ce que c'est de travailler plus de 13 heures par jour, à serrer des vis jusqu'à ce que vos mains soient enflées".
Même constat pour Wu, une employée de 28 ans dans le secteur de l'e-commerce à Shanghai, qui, bien que gagnant 10 000 yuans par mois, est prête à sacrifier son salaire pour "échapper à la vie urbaine" et profiter d'un cadre plus paisible.
Une tendance alarmante
Ce désir d’évasion résonne avec les réflexions de Shaun Rein, directeur du China Market Research Group. Il souligne que beaucoup de jeunes diplômés voient leurs salaires rapidement absorbés par les loyers de logements exigus. Lynn Song, économiste en chef chez ING, considère cette montée en flèche des candidatures comme révélatrice d'un marché du travail hautement compétitif et souvent mal rémunéré.
Alors que le chômage officiel frôle les 5 %, le sous-emploi ne cesse de croître, exacerbée par l'augmentation des coûts industriels et la pression exercée par l'intelligence artificielle. Dans ce contexte, l'isolement des steppes apparaît comme un refuge. Finalement, l'éleveur a choisi quatre candidats, tous d'expérience agricole et capables de supporter l'isolement, pour relever ce défi exigeant.







