Le dépouillement a débuté en Colombie après un premier tour de la présidentielle, révélateur d'une lutte acharnée entre continuité à gauche et virage à droite, le tout sur fond de violences orchestrées par des groupes armés, atteignant des niveaux alarmants.
Les bureaux de vote ont fermé à 16H00 locales (21H00 GMT) et les résultats préliminaires sont attendus dans les heures suivantes.
Les sondages pré-électoraux plaçaient le philosophe et sénateur de gauche Ivan Cepeda en tête, bien qu'il ne semble pas disposer des soutiens nécessaires pour éviter un second tour le 21 juin, en étant mené de près par Abelardo de la Espriella, un avocat millionnaire aux idées d'extrême droite inspiré par Trump.
Les candidats opposés s'affrontent sur la manière de traiter un conflit armé de longue date : continuer les négociations de paix avec les groupes armés, selon la stratégie du président sortant Gustavo Petro, ou agir fermement contre les guérillas et cartels, comme le propose la droite.
La Colombie connaît actuellement l'une de ses pires montées de violence depuis la signature de l'accord de paix avec les Farc en 2016. Des leaders communautaires sont régulièrement assassinés, des civils tués lors d'attentats, et même un candidat à la présidence a trouvé la mort dans ce climat.
Selon divers experts, les groupes armés ont exploité les pourparlers de paix pour renforcer leur emprise, notamment ceux liés au trafic de drogue et à l'exploitation minière illégale. Un recueil d'avis par le quotidien *Le Monde* suggère que la désillusion face aux promesses de paix pourrait inciter les citoyens à chercher des alternatives plus radicales.
- Mettre fin aux violences -
À Uribia, près de la frontière vénézuélienne, les électeurs expriment des besoins pressants de sécurité et d'opportunités économiques, en demandant une meilleure inclusion des populations autochtones.
Viviana Jayariyu, enseignante de la communauté wayuu, a déclaré espérer "une amélioration et la fin de la violence, surtout dans les zones rurales".
La Constitution empêche Gustavo Petro, premier président de gauche du pays, de briguer un second mandat. Cependant, il a été populaire parmi les classes défavorisées grâce à une hausse du salaire minimum et l'élargissement des programmes sociaux, facilitant ainsi une vie plus juste dans un des pays les plus inéquitables du monde.
Son successeur hypothétique, Ivan Cepeda, un fervent défenseur des droits humains de 63 ans, promet de poursuivre les réformes sociales et d'intensifier les négociations avec les groupes armés, tout en restant conscient des défis à relever.
Pedro Barragan, un professeur interrogé par *L'AFP* à Bogota, estime que "beaucoup a été accompli durant le mandat de Petro en matière d'éducation et de justice sociale".
Les partisans de Cepeda craignent qu'un retour à la droite ne ravive un ancien conflit avec des conséquences dévastatrices.
- Coup de barre à droite ? -
Abelardo de la Espriella, un avocat charismatique de 47 ans surnommé "Le Tigre", promet de réduire à néant le pouvoir des criminels, avec une approche clivante incarnée par une rhétorique de force qui a récemment porté ses fruits à travers l'Amérique latine.
Il s'inspire des leaders comme Donald Trump et Nayib Bukele, proposant des mesures aussi strictes que la construction de méga-prisons et des offensives armées directes contre les trafiquants de drogue.
Dimanche, il n'a pas hésité à décrire cette élection comme "la bataille la plus significative de l'histoire de la république".
Une autre candidate de droite qui tire son épingle du jeu dans les sondages est Paloma Valencia, sénatrice de 50 ans soutenue par l'ex-président Alvaro Uribe. Elle met en avant le renforcement des forces de l'ordre tout en attirant les électeurs centriste et les femmes en quête d'une présidence féminine.
Malgré les tensions, la journée électorale s'est déroulée avec calme dimanche, car les groupes armés avaient respecté un cessez-le-feu pour permettre une élection sereine. Pour assurer la sécurité, le gouvernement avait mobilisé 408.000 agents des forces de l'ordre.







