Des milliers de Kényans ont exprimé leur mécontentement hier à Nanyuki, petite ville située près de la base militaire de Laikipia. Ils s’opposent à l’établissement d’un centre de quarantaine américain destiné aux citoyens potentiellement exposés au virus Ebola. Les manifestations ont rapidement dégénéré en affrontements, entraînant l'utilisation de gaz lacrymogènes par les forces de sécurité et, tragiquement, au moins deux morts, selon des sources locales.
Le président William Ruto a défendu cette initiative en soulignant son historique partenariat avec les États-Unis. « Ce projet s'inscrit dans un cadre de coopération établi depuis plusieurs décennies, et vise à protéger notre population ainsi que nos amis américains », a-t-il expliqué lors d'une conférence à Wajir, tout en tentant de rassurer les Kényans sur l'absence actuelle de cas d'Ebola dans le pays.
Les craintes de contamination sont vives parmi la population, alimentées par un système de santé déjà fragilisé par des années de négligence et de corruption. De nombreux Kényans se demandent si un tel centre est réellement nécessaire dans un pays n'ayant pas enregistré de cas confirmés. « Nous avons déjà assez de problèmes sanitaires ici ; pourquoi risquer d'introduire un danger supplémentaire ? » s'interroge une jeune manifestante.
La situation est d'autant plus tendue que la Haute Cour du Kenya a récemment suspendu temporairement l'ouverture du centre, suite à une demande de l'organisation Katiba Institute, qui plaide pour la protection des droits constitutionnels. Une audience cruciale se tiendra bientôt pour traiter cette question.
Les conséquences de ce projet pourraient être lourdes. Avec plus de 1 100 cas suspects et près de 250 décès liés à Ebola signalés en République démocratique du Congo et en Ouganda, la vigilance est de mise dans toute la région. Dans ce contexte, de nombreux experts en santé publique appellent à une approche collaborative plutôt qu'à l'importation d'infrastructures sanitaires douteuses.
Le virus Ebola, qui a connu une résurgence, est cause d'unefièvre hémorragique extrêmement contagieuse. Les autorités sanitaires doivent agir rapidement pour prévenir une propagation, mais elles doivent également répondre aux réticences d'une population alarmée et méfiante.







