Des éclats de joie résonnent dans un bar de Shanghai alors que des supporters chinois célèbrent le quatrième but de leur équipe favorite : le Japon. Une scène qui, au premier abord, semble ordinaire en pleine Coupe du Monde, mais devient signifiante dans le contexte délicat des relations sino-japonaises.
La victoire du Japon sur la Tunisie lors de cette première phase du Mondial a suscité un enthousiasme inattendu parmi les Chinois. Les relations, historiquement marquées par des rivalités, sont à nouveau tendues. Néanmoins, comme le souligne l'économiste Ming Xiao dans un article récent du China Daily, des liens culturels et économiques continuent d'unir ces deux nations.
Pour ces fans, vêtus des maillots bleu du Japon au bar "Cages", leur passion pour le football transcende les considérations politiques. "Pour notre génération, née dans les années 90, les animés japonais ont joué un rôle important, surtout des séries comme "Captain Tsubasa", connu en France sous "Olive et Tom," déclare Fan, organisateur du groupe.
"Il est essentiel de rappeler que nous faisons tous partie de l'Asie. De nombreuses personnes voient le Japon comme un symbole de l'excellence dans le football asiatique" explique-t-il, tout en conservant l'anonymat. En effet, l'équipe japonaise, se classant 16ème au niveau mondial, s'est qualifiée pour huit Coupes du Monde consécutives, un exploit que la Chine, à la 91ème place, rêve de reproduire.
Selon l'expert en football Fu Jinyu, le Japon a su développer un écosystème moderne favorisant la formation des jeunes et la culture des supporters. En revanche, le football chinois stagne. "Il a perdu de sa connectivité et de son ouverture", affirme Jasper Sun, un autre supporter au bar.
Au coup de sifflet final, la joie explose : un drapeau japonais est brandi, des photos sont prises, tandis que les cris de bonheur retentissent. Bien que certains commentaires hostiles aient pu surgir, Fan reste indifférent. "Certaines critiques existent toujours, mais je choisis de ne pas leur prêter attention", précise-t-il.
Shanghai, considérée comme une ville plutôt ouverte d'esprit, contraste avec d'autres régions de Chine où le soutien à l'équipe japonaise peut être mal perçu. Aki Yang, une Chinoise vivant en Thaïlande, gère une page de fans japonaise et témoigne des agressions verbales qu'elle reçoit parfois en ligne. "Je me suis habituée à ces remarques", déclare-t-elle.
Un récent post sur Xiaohongshu, une plateforme sociale, même suggère des astuces pour cacher le drapeau japonais sur ses vêtements – une preuve des tensions qui persistent. Les relations entre Pékin et Tokyo s'enveniment, exacerbées par des déclarations militantes de la Première ministre japonaise.
Cependant, Fan reste optimiste : "Il est crucial pour des personnes comme nous de se rassembler pour construire un pont d'amitié entre nos deux pays. C'est mon rêve le plus cher". Dans un monde où le différend géopolitique pèse, le football apparaît comme un édifice de réconciliation.







