Hamid Enayat, politologue et spécialiste de l'Iran, partage son analyse de la situation actuelle et du rôle potentiel de l'opposition dans cette lutte. Chaque année, la question d'une véritable alternative à la République islamique d'Iran resurgit avec force.
Dans des systèmes autoritaires, l'évaluation de la crédibilité d'une force politique diffère grandement de celles observées dans des contextes démocratiques. Sans élections libres ni médias indépendants, il devient presque impossible de mesurer la véritable opinion publique. Ainsi, d'autres indicateurs doivent entrer en jeu pour jauger la légitimité d'une alternative politique, tels que la résistance de ses partisans, l'intensité de la répression qu'ils subissent, et leur capacité à unir les différentes strates de la société.
Le coût de la résistance
Historiquement, les mouvements de résistance se distinguent par le lourd tribut que leurs militants doivent payer. C'est le cas en France sous l'occupation nazie ou en Afrique du Sud durant l'apartheid. En Iran, au cours des quarante dernières années, des dizaines de milliers de dissidents ont été arrêtés, torturés ou exécutés pour avoir défié le régime. L'ancien rapporteur spécial des droits de l'homme des Nations unies, Javaid Rehman, a évoqué avec gravité ces massacres, notamment ceux de 1981 et 1988.
La Résistance iranienne a compilé les noms de plus de 20 000 opposants affiliés à l'Organisation des Moudjahidine du peuple d'Iran, dont les vies ont été brutalement interrompues. Ces victimes, venues de tous horizons — hommes, femmes, jeunes et moins jeunes — témoignent d'une réalité historique indéniable.
Une lutte transgénérationnelle
L'une des preuves les plus éloquentes de l'enracinement d'une alternative politique est sa capacité à être transmise de génération en génération. Alors que la République islamique espérait anéantir cette résistance à travers les exécutions massives des années 1980, une nouvelle génération de patriotes continue à s'engager, dévoilant une continuité de militantisme étonnante.
Cette année, les exécutions d'Amir-Hossein Hatami, âgé de 18 ans, et d'Abolhassan Montazer, 68 ans, sont des exemples frappants de cette lutte à travers les âges. Ce mélange de générations dans la résistance montre que toutes ne sont pas de simples vestiges du passé, mais des forces vives qui continuent d'évoluer.
Les craintes du régime
Évaluer la crédibilité d'une alternative demande également d'examiner l'énergie que le pouvoir en place investit pour la combattre. Depuis quarante ans, le slogan "Mort aux Monafeghin" s’entend régulièrement dans les prières des vendredis en Iran. Cette insulte, lancée par les autorités à l'encontre des Moudjahidine, cache un large dispositif de propagande et de répression.
Au fil des décennies, le régime déploie ressources et efforts pour tenter de démanteler ce mouvement, allant des campagnes de censure à des opérations à l’étranger. Pourquoi, plus de quarante ans après sa création, dénoncer les liens avec les Moudjahidine reste-t-il si menaçant ? Il semble évident que cette organisation demeure une vraie menace pour le régime.
Vision pour l'avenir
Cependant, le simple sacrifice et la continuité de la résistance ne suffisent pas à établir la crédibilité d'une alternative. Il est crucial qu'elle promeuve un projet clair pour l'avenir. Quels principes régiront le futur de cette nation ? Comment garantir les droits de toutes les couches de la société ?
Le plan en dix points élaboré par Maryam Radjavi, qui inclut des élections libres et la séparation entre l'État et la religion, représente cette volonté de structurer un futur politique alternatif à la République islamique, marquant ainsi une étape essentielle dans cette lutte.
De l’organisation à la coalition
Une alternative durable sait rassembler divers groupes autour d’objectifs communs. Le Conseil national de la Résistance iranienne ne se présente pas comme un simple parti mais comme une coalition visant à gérer la transition vers des élections libres.
Dans cette perspective, la présence de femmes et de représentants des minorités illustre cette capacité à fédérer. Sur plus de quarante ans, la Résistance iranienne a aussi su préserver et reconstruire ses structures, prouvant qu'elle dispose d'un réseau social et politique profond et dynamique.







