« En plein XXIe siècle, vivre sans électricité, sans presque rien à manger et sans médicaments, c'est inhumain », soupire Marisol*, une Cubaine qui vit à La Havane. Depuis janvier, l'île, peuplée de dix millions d'habitants, souffre d'une crise énergétique majeure due à l'arrêt des livraisons de pétrole vénézuélien, aggravé par des sanctions américaines.
Dans les rues vibrantes de Cuba, cet étranglement énergétique est omniprésent. Isabel*, une touriste, note l'atmosphère morose qui émane des lieux d'ordinaire festifs. A Trinidad, l'électricité ne revient que quelques heures chaque nuit, rendant la vie quotidienne complexe. Elle évoque des soirées passées à recharger téléphones et lampes de poche.
Cuba au bord du black-out permanent
Les pénuries d'électricité se sont multipliées récemment, mettant à mal les infrastructures vieillissantes de l'île. Cuba se repose principalement sur des centrales thermiques obsolètes alors que les importations de pétrole vénézuélien, essentielles, ont été coupées. Donald Trump a également menacé d'imposer des droits de douane astronomiques à quiconque fournirait de l'énergie à l'île, poussant Cuba vers une impasse énergétique dramatique.
Dans la ville de Cienfuegos, Luis* décrit des coupures de courant qui touchent particulièrement les zones rurales, tandis que La Havane elle-même connaît des coupures allant jusqu'à 16 heures. L'AFP souligne que les Cubains se tournent vers des solutions artisanales, comme les générateurs ou même les braseros fabriqués à partir de vieux matériaux.
Quand la vie s'arrête
Avant cela, en mars 2025, même les habitants de Vinales devaient souvent laisser leurs interrupteurs allumés, espérant que l'électricité revienne. La vie quotidienne est gravement affectée, avec des transports publics quasiment absents et des déchets s'accumulant dans les rues.
Le choc du tourisme
Étouffée par la pandémie de Covid-19, l'industrie touristique, autrefois bouée de sauvetage, connaît un déclin dramatique. En 2025, environ 350 000 touristes de moins ont visité l'île par rapport à l'année précédente, selon l'Office national de statistique et d'information (ONEI). Marisol, qui accueille des visiteurs, raconte avoir récemment reçu plusieurs annulations inattendues.
Des hôtels fermés à Varadero à une suspension des vols par des compagnies canadiennes, la situation devient de plus en plus grave.
Survivre dans l'adversité
« Les inégalités économiques sont croissantes », note Luis, tout en affirmant que la population a toujours su faire preuve de résilience. Mais ce sentiment d'optimisme n'est pas partagé par tous. Isabel se dit bouleversée par la vue de Cubains fouillant dans les poubelles pour se nourrir. Les alertes émises par Amnesty International depuis 2024 sur la difficulté d'accès à la nourriture résonnent ici comme une réalité accablante.
Alors que le gouvernement refuse de reconnaître l'ampleur de la crise, les voix de désespoir s'élèvent. Marisol témoigne de l'épuisement collectif, soulignant que la limite de la résistance a été largement dépassée. Isabel, qui avait été séduite par la beauté de la culture cubaine, redoute que ce soit son dernier voyage sur cette île autrefois vibrante.
* Les prénoms ont été modifiés.







