ÉDITO. L'attitude du nouveau maire de Paris, Emmanuel Grégoire, face aux nombreux abus sexuels révélés dans le périscolaire soulève de vives inquiétudes. Son refus de s'attaquer aux racines de cette omerta systémique envoie un message préoccupant.
Les faits sont désormais bien établis : au début de l’année 2026, pas moins de soixante-dix-huit animateurs ont été suspendus, dont 31 pour des soupçons de violences sexuelles. Une situation alarmante qui met en lumière un dysfonctionnement majeur dans la gestion des animateurs, jusqu’ici traitée avec une légèreté déconcertante. La tendance actuelle consiste à minimiser ces incidents, en les présentant comme des occurrences courantes, et ce, au détriment de la protection des enfants. Certaines voix vont même jusqu'à considérer le nombre croissant de plaintes comme un signe positif de libération de la parole.
Malgré l'ampleur du scandale, la question de la responsabilité des élus, notamment celle d'Emmanuel Grégoire, semble largement évacuée. L'homme a occupé des postes clés depuis 2014, mais son premier acte en tant que maire a été de fuir le débat sur les véritables causes de ces drames en niant toute collectivité de responsabilité.
Une défaillance majeure dans le recrutement
Ce qui se dessine à Paris apparaît comme une lacune alarmante dans le processus de recrutement des animateurs du périscolaire. Le besoin pressant d’embaucher massivement, à la suite de la réforme des rythmes scolaires en 2013-2014, a conduit à opter pour la rapidité plutôt que la rigueur. Des suspicions d’inconduite avaient déjà filtré dès la première année, entraînant une enquête de l’inspection générale de la Ville. En avril 2015, le maire du VIe arrondissement avait tenté d’alerter Emmanuel Grégoire, qui assurait néanmoins qu’« toutes les mesures sont prises pour contrôler ce qui est contrôlable ». Pourtant, un rapport de juin 2015 pointait déjà le non-respect de règles élémentaires, comme l’obligation de ne pas laisser un adulte isolé avec un enfant.
Établir des responsabilités
Au fil des années, les incidents se sont multipliés et ont souvent été interprétés comme des cas isolés. Les demandes d’audit n’ont jamais abouti, et jusqu’en 2025, des affaires choc ont émergé, mettant en cause des agresseurs ayant été repositionnés d’une école à une autre. La gravité des faits - des violences sur des enfants aussi jeunes que 3 ou 4 ans - a suscité un émoi considérable.
Pour construire un véritable système de confiance et assurer la protection des enfants, il est impératif d'établir des responsabilités claires, y compris celle d'Emmanuel Grégoire.
Il est difficile de comprendre pourquoi de tels manquements n'ont pas été sanctionnés par l'électorat. Cette situation anormale est souvent perçue comme un phénomène sociétal, échappant ainsi à la vigilance des élus. Ignorer la chaîne des responsabilités empêche toute action efficace pour prévenir de futurs drames.
En somme, établir ces responsabilités, notamment celle d’Emmanuel Grégoire, représente une étape cruciale pour redresser le périscolaire à Paris. Sans une telle fermeté, la confiance des familles dans l'action publique, ainsi que la sécurité des enfants, demeureront dans une zone d'incertitude inquiétante.
* Nelly Garnier, conseillère de Paris et conseillère régionale d’Île-de-France.







