Vendredi, la ministre déléguée aux Armées s'est rendue en Algérie pour relancer le dialogue entre la France et l'Algérie. Cette visite a coïncidé avec les commémorations des massacres du 8 mai 1945 à Sétif, un épisode tragique où les autorités françaises ont réagi violemment, entraînant la mort de 15 000 à 30 000 personnes, comme l'estime un nombre croissant d'historiens.
À l'occasion de ces commémorations, Alice Rufo, ministre déléguée aux Armées, a été invitée par Emmanuel Macron à se rendre à Sétif. Cette visite a été décrite par l'Élysée comme une démarche de "vérité" et de réengagement dans le dialogue, dans un contexte où les relations franco-algériennes demeurent teintées de tensions persistantes.
1 Que s'est-il passé le 8 mai 1945 à Sétif ?
Au matin du 8 mai 1945, alors que la France célébrait sa victoire sur l'Allemagne nazie, environ 7 à 8 000 Algériens se rassemblaient à Sétif. Brandissant des banderoles avec des messages clairs tels que "Algérie libre, Algérie indépendante", un drapeau algérien, interdit par les autorités, fut hissé. Un commissaire, désireux de faire retirer ce drapeau, se heurta à la résistance d'un jeune peintre en bâtiment de 20 ans, qui le leva encore plus haut. Un policier, dans un acte désespéré, ouvrit le feu sur le manifestant, déclenchant une série de tirs.
Ce fut le début de cette tragédie, relatée par l'écrivain Yassine Kateb, qui n'avait alors que 15 ans. "La foule était partagée, les scouts musulmans en avant, suivis d'étudiants, certains mes camarades. Ils m'ont fait signe de les rejoindre, puis sont survenus les tirs, entraînant panique et confusion," se souvient Kateb dans un documentaire.
"On ne pouvait pas bien comprendre ce qui se passait, mais on voyait bien que c'était très grave."
L'écrivain Yassine Katebdans un documentaire
Ces événements ont laissé une empreinte indélébile dans la mémoire collective algérienne et continuent d'affecter les relations diplomatiques entre Paris et Alger. Selon des experts, le chemin vers la réconciliation demeure semé d'embûches, mais la reconnaissance de ces tragédies est essentiel pour avancer. Jean-Pierre Filiu, historien, souligne que "se souvenir, c'est non seulement honorer les victimes, mais aussi ouvrir la voie à un avenir moins conflictuel".







