Dans une rencontre exclusive, Jean-Christophe Fromantin, maire indépendant de Neuilly-sur-Seine, nous parle de son ouvrage Le Retour des Provinces (L'Éclaireur), où il retrace son périple à vélo, en plein hiver, de Nantes à Strasbourg. À travers ce voyage, il souhaite aller au-delà des stéréotypes des métropoles et offrir une légitimité aux anciennes provinces de France pour rééquilibrer son territoire.
En quoi votre cheminement était-il une exploration ou un diagnostic de la société française ? D'où vous est venue cette inspiration ?
J'ai voulu éprouver notre modèle centralisé en contact direct avec les territoires, en cherchant leur authenticité. Traverser la France en hiver avec un sac à dos m'a permis d'éviter tout filtre. La France se révèle plus véritablement à ceux qui bravent les éléments, comme j'ai pu le faire.
Ce voyage austère, marqué par des journées humides, révèle la France sous ses aspects les plus rudes. En entrant dans un café, trempé, l'interaction avec les locaux devient immédiate, chacun partageant sa perception du territoire et de son quotidien. Cela parle d'une France bien vivante.
Pour moi, nous sommes tous en quête de vérité face à un monde déconnecté. Nos responsabilités peuvent souvent nous éloigner de la réalité tangible. Ce besoin de réancrage m'est essentiel, confrontant mes convictions à une expérimentation réelle. Les territoires offrent cette perspective nécessaire.
À travers votre livre, vous redéfinissez le terme « province ». Pourquoi cette division des régions en 350 provinces ?
Le terme province renferme une histoire riche, un héritage qui évoque des lieux ayant traversé le temps et les épreuves. Plutôt que de se concentrer uniquement sur l'économie, il est crucial de reconnaître que ce sont les villes qui nourrissent l'économie, car elles sont à l'origine même de sa vitalité.
La France est fondée sur une richesse géographique exceptionnelle et une densité culturelle rare.
Mon projet vise à réarmer cette base pour élaborer un modèle économique durable. En revisitant notre organisation territoriale, nous pouvons rétablir une connexion profonde avec nos territoires.
Votre avis sur les grandes régions créées en 2015 par François Hollande ? Pourquoi un retour à des structures plus petites ?
Je prône une approche centrée sur la chronotopie, où chaque individu doit pouvoir rejoindre une ville en moins de quinze minutes et une grande métropole en moins d'une heure et demie. Ces nouvelles régions doivent aller au-delà d'un simple découpage administratif pour être des maillons d'un réseau cohérent.
Il est essentiel de favoriser l’émergence de véritables marchés de capitaux régionaux, semblables à ceux en Allemagne, afin que les territoires puissent mobiliser leurs propres ressources pour financer leur développement.
Nous avons concentré les ressources à Paris, appauvrissant les régions des outils nécessaires à leur propre prospérité.
Cette centralisation a causé des effets négatifs, observables notamment lors des mouvements sociaux comme les Gilets jaunes, où beaucoup se sont sentis laissés pour compte.
Comment voyez-vous un système politique sans partis, comme le proposait Simone Weil ?
Je crois qu'il est crucial de reconsidérer notre vision de l'engagement. Quand la politique devient une carrière, elle perd de sa substance. Simone Weil a raison de signaler que les partis, bien qu'issus d'idéaux, finissent par privilégier leur propre survie. Une politique authentique doit être au service du bien commun.
La vraie décentralisation commence lorsque les ressources d'une région financent son propre développement, plutôt que de migrer vers Paris. Il s'agit de créer une émulation qui tiendrait compte des spécificités locales.
Votre expérience pourrait-elle être imposée aux candidats à la présidentielle pour mieux comprendre le pays ?
Cette immersion est plus pertinente que jamais, notamment face aux évolutions technologiques rapides. Nos décisions doivent être en phase avec les besoins réels des citoyens pour éviter de céder aux dérives technologiques.
La rencontre entre la technologie et nos territoires pourrait bien être la clé d'une France plus équilibrée, en valorisant ce qui fait notre singularité.







