Une idéologie marquée par la haine des femmes, qui défend la supériorité masculine : un rapport sénatorial dévoile ce mercredi les dangers insidieux du masculinisme, qui s'infiltre dans la société à travers les réseaux sociaux.
En remettant en question le principe de l'égalité entre les sexes, tout en affichant une misogynie flagrante, les mouvements masculinistes représentent un danger manifeste pour notre démocratie et la cohésion sociale, comme le souligne cette première analyse parlementaire.
"Le masculinisme est une opération majeure contre les droits des femmes, couplée à des moyens de communication inédits," a déclaré à l'AFP la sénatrice socialiste Laurence Rossignol, co-rapporteure aux côtés des sénatrices Béatrice Gosselin (Les Républicains) et Olivia Richard (Union centriste).
Né en réaction au féminisme, le masculinisme propage l'idée d'une supériorité masculine et désigne les femmes comme responsables de la détérioration du sort des hommes.
Les divers mouvements masculinistes, historiquement centrés sur des communautés distinctes comme les célibataires involontaires (incels), ont progressivement intégré un écosystème plus vaste, notamment en s'immisçant dans la culture internet quotidienne.
- Propagation en ligne -
Utilisant des mèmes et des vidéos courtes, les mouvances masculinistes ont su s'approprier les mécanismes de communication en ligne pour propager leurs idées au-delà des cercles restreints. Les réseaux sociaux sont devenus leur principal vecteur de diffusion, grâce à des algorithmes qui privilégient les contenus clivants et suscitent des réactions.
Une étude de l'université de Dublin, citée dans le rapport, révèle qu'un utilisateur sur TikTok ou YouTube Shorts peut être exposé à des contenus masculinistes après seulement 23 minutes de navigation.
Les auteurs du rapport témoignent de leur inquiétude face à la façon dont le masculinisme se présente comme une réponse au mal-être de nombreux hommes. "Des jeunes, souvent en crise d’adolescence, peuvent se laisser entraîner dans des discours qui les poussent à développer une animosité envers les femmes," note Béatrice Gosselin.
Pour éviter cette dérive, l'éducation aux médias numériques est cruciale. Le rapport émet 24 recommandations notamment pour réguler l'espace numérique et assurer que l'éducation affective et relationnelle soit dispensée dans les établissements scolaires.
- Risque de radicalisation -
"L'accumulation de contenus masculinistes influence progressivement la perception des relations entre les sexes," alerte la synthèse. Les rapporteures craignent une imprégnation ambiante de ces idées, accompagnée d'un risque de radicalisation qui pourrait mener à des violences.
Le masculinisme est ainsi à considérer comme un enjeu de sécurité publique, comme l’a déjà exprimé le Haut Conseil à l'Egalité. Ce dernier partage le constat que la menace de violence est bien réelle et recommande d'inclure le "terrorisme misogyne" dans les doctrines de sécurité.
En France, les services de renseignement intérieur suivent de près ce phénomène et ont identifié "une dizaine d'individus potentiellement susceptibles de radicalisation," selon les révélations du rapport. Tous sont âgés de moins de 21 ans.
En juillet 2025, le Parquet national antiterroriste a mis en examen un adolescent de 18 ans soupçonné d'un projet d'attaque contre des femmes, la première en France liée à une revendication incel.
"Tout comme pour la radicalisation islamiste, nous devons repérer les signaux faibles de la radicalisation masculiniste, alerter les familles et produire un contre-discours, tâche qui s'avère très complexe," conclut Laurence Rossignol.







