Le festival photo de La Gacilly, qui ouvre ce samedi en Bretagne, attire chaque année 350 000 curieux. L'événement propose aux plus grands photographes du monde de s’exposer en pleine rue, face à un large public souvent non-connaisseur. Cependant, le métier de photographe fait face à de nouveaux défis avec l’émergence de l’IA et des smartphones.
Il y a deux cents ans, Nicéphore Niépce faisait la première photographie de l’histoire, un changement radical qui a politiquement documenté la réalité. Aujourd'hui, après deux siècles de développement, la photographie a considérablement évolué sous l’influence des avancées technologiques. L’ère numérique a déjà remplacé l’argentique, et la montée en puissance des smartphones a considérablement réduit les ventes d’appareils experts. Aujourd'hui, l'intelligence artificielle semble prête à redéfinir le métier, soulevant la question : les photographes sont-ils sur le point de disparaître ?
Le festival, qui se déroule chaque été à La Gacilly, attire plus de 350 000 visiteurs aux venelles fleuries de cette petite bourgade du Morbihan, attirés par l'art de la photographie. "L'intérêt du public pour cet art est indéniable", affirme Cyril Drouhet, commissaire des expositions. "La photographie est une émotion, une façon de capturer le moment présent. Quand les visiteurs regardent les photos exposées, ils s’arrêtent et s'interrogent. Elle n’est pas morte."
La nécessité pérenne des photographes
Pourtant, la profession traverse une période de transition. "Nous avons toujours besoin de photographes", assure un rédacteur en chef photo du Figaro Magazine, observant que, historiquement, les photographes souhaitaient faire le tour du monde à travers leur art. "Bien que la presse et la photographie aient évolué, l'importance de ce métier demeure." Simon Brodbeck, un photographe de 40 ans, déclare que malgré l’évolution technologique, la passion pour la photographie persiste. Cependant, il admet que la profession a déjà été touchée par une précarisation croissante.
Des chiffres en chute libre
Les statistiques soulignent cette évolution : en 2010, 120 millions d’appareils photo ont été vendus dans le monde. En 2025, ce chiffre a chuté à moins de 10 millions, représentant une baisse de 90 % en quinze ans. Pendant ce temps, le nombre de photos prises quotidiennement dans le monde ne cesse de croître, atteignant environ cinq milliards. "Aujourd’hui, toute personne possède un smartphone qui lui permet de prendre des photos, mais cela ne correspond pas à la véritable photographie", nuance Drouhet.
La question demeure : le métier de photographe peut-il vraiment s'adapter à l'ère de l'IA ? La rapidité d'une intelligence artificielle, capable de générer des images à partir de simples descriptions, ouvrira-t-elle de nouvelles perspectives ou menacera-t-elle l’existence même de cette profession ? Selon Drouhet, "l'IA n'est pas de la photographie. La vraie photographie consiste à saisir le réel, à montrer ce que le public souhaite voir." Pour évaluer les limites de l'IA, Brodbeck et sa partenaire Lucie de Barbuat ont demandé au générateur d'images Midjourney de recréer des photos iconiques. Les résultats étaient souvent peu convaincants, soulignant les biais de l’intelligence artificielle. "L’IA impose une vision biaisée et non authentique. Elle n'est pas en mesure d'effectuer ce que les photographes réalisent naturellement", complète Drouhet.
Malgré tout, l'avènement de l'intelligence artificielle pourrait rendre certains photographes obsolètes. Simon Brodbeck ajoute : "Le métier ne s'éteindra pas, mais il sera plus difficile de trouver des opportunités. La précarité pourrait même augmenter davantage."







