Pauline Normand
L'essentiel
- Près de 24,5 % des femmes déclarent avoir été victimes de violences obstétricales, selon l’enquête StopVOG.
- Jeanne affirme avoir clairement refusé une expression abdominale, mais cette pratique lui a été imposée en salle d’accouchement.
- Elle a mis près de six ans à se remettre des séquelles physiques et psychologiques causées par cet accouchement.
«On va faire une expression abdominale. Si vous refusez, on va faire venir le médecin et ça va être une autre histoire. » C’est ainsi que Jeanne témoigne de l’expérience traumatisante vécue lors de l’accouchement de sa fille dans un hôpital public. Son projet de naissance, détaillant ses souhaits et ses limites, n’a pas été respecté, laissant place à des actes médicaux imposés.
Un projet de naissance ignoré
En théorie, ce projet est un outil d’échange avec le personnel soignant, permettant de garantir un consentement éclairé. Jeanne avait inscrit son refus de l’expression abdominale, une procédure controversée actuellement proscrite dans plusieurs recommandations médicales, en raison des risques qu'elle comporte.
À dilatation complète, Jeanne a passé près de six heures en salle d’accouchement, sans explications et avec une douleur constante, la péridurale lui étant refusée au motif que le moment était « trop tard ». Finalement, l’équipe a choisi de procéder à l’expression abdominale malgré son refus explicite, la sage-femme ayant transféré cette intervention à un homme. « J’ai vécu une forme de terreur face à cette situation, » confie-t-elle.
Des séquelles durables
Les conséquences de cet acte ont été immédiates et dramatiques. Sa fille est née en détresse et a dû être prise en charge en urgence. Jeanne se souvient avec angoisse de cette séparation. « La voir emmenée en réanimation m’a hantée, » dit-elle, évoquant des nuits perturbées par des cauchemars. Physiquement, elle a subi une déchirure complète du périnée, entraînant des douleurs chroniques et de véritables complications, incluant des nerfs atteints dans la région pelvienne.
« J’ai vécu aussi une forme de terreur du fait du comportement de la sage-femme… »
Psychologiquement, les séquelles sont tout aussi profondes. Jeanne a été diagnostiquée d’un syndrome de stress post-traumatique qu’elle relie directement à cette expérience. L’enquête nationale menée par l’association StopVOG révèle qu'un trop grand nombre de femmes éprouvent une impossibilité à refuser des actes médicaux malgré la douleur qu’ils provoquent.
Un appel à la réforme
Ce témoignage de Jeanne met en lumière un problème structurel en matière de consentement dans le domaine obstétrical, une réalité dénoncée par de nombreuses autres femmes. Alors que des lois existent pour protéger les patients, la réalité des pratiques reste préoccupante. Jeanne souhaite que son récit serve d’écho à l'appel de toutes celles qui ont vécu des expériences similaires : « Ces violences affectent non seulement les mères, mais leurs familles et leurs enfants ». Sa voix devient ainsi un levier pour promouvoir une véritable réflexion sur les droits des patientes en matière d’accouchement.







