Le ministre de l'Économie et des Finances a récemment dévoilé la création d'un fonds d'investissement de 450 millions d'euros par Bpifrance, destiné à encourager les Français à placer leur argent dans des projets à long terme liés à la défense.
Ce nouveau produit d'épargne vise à mobiliser des capitaux privés pour soutenir l'industrie de la défense. Quelles sont ses spécificités ? Les investisseurs pourront-ils accéder librement à leur capital ? Voici un aperçu des modalités.
Un contexte de tensions géopolitiques croissantes
Les événements géopolitiques récents, notamment la guerre en Ukraine, ont suscité un besoin urgent d'accroître les investissements dans la défense en Europe. Allant dans ce sens, l'Allemagne a déjà approuvé un programme colossal de dépenses militaires s'élevant à plusieurs centaines de milliards d'euros. D'autres nations, y compris la France, explorent diverses solutions de financement, comme l'augmentation des impôts, le recouvrement d'emprunts publics ou encore l'activation de l'épargne privée.
Plus précisément en France, Emmanuel Macron a annoncé une prévision de dépenses militaires de 413 milliards d'euros d'ici à 2030, marquant une augmentation de 40 % par rapport aux précédentes législations. Notons qu'aucune hausse d'impôts n'est envisagée pour soutenir ces dépenses.
Un nouveau produit d'épargne pour l'industrie
Le 20 mars 2025, Eric Lombard, ministre de l'Économie, a annoncé des placements novateurs, écartant les livrets classiques. Ces produits visent à stimuler le financement de PME et de startups opérant dans le secteur de la défense. Les épargnants pourront accéder à des fonds de "private equity", soit directement, soit via des instruments d'épargne à long terme comme l'assurance vie ou les plans d'épargne retraite.
Le fonds Bpifrance Défense, disponible à partir du second semestre de 2025, remplacera Bpifrance Entreprises 3, qui ferme ses portes le 18 septembre 2025. L'investissement minimum est fixé à 500 euros, avec la possibilité d'investir sans plafond. Quant au risque associé, il est évalué entre 6 et 7 selon le document d'informations clés (DIC), notion qui devrait s'appliquer au nouveau fonds également.
Une différence notoire réside dans la durée de blocage des fonds. Contrairement à Bpifrance Entreprises 3, qui imposait un gel de 7 ans, le fonds Défense proposera un blocage de 5 ans. Ce dernier ne comportera pas de limite dans sa durée de vie, contrairement à son prédécesseur.
Le rendement escompté se situera entre 8 % et 10 % net de frais de gestion, bien que des évaluations récentes de l'Autorité des marchés financiers (AMF) révèlent des performances médianes divergentes, allant de -2,4 % à 5 %. À noter que l'investissement dans ce fonds n'offre aucune garantie de capital, ce qui expose les particuliers à un risque de perte.
Réorienter l'épargne vers la défense
La création de Bpifrance Défense s'inscrit dans une stratégie globale visant à renforcer la Base industrielle et technologique de défense (BITD). En complément, Bpifrance bénéficie de son fonds Innovation Défense (FID), lancé en 2021 en partenariat avec l'Agence de l'innovation de défense (AID).
Pour accompagner cette démarche, l'AMF joue un rôle essentiel en facilitant le processus d'agrément pour les sociétés de gestion souhaitant lancer des fonds dédiés à la BITD.
Cependant, il est crucial de souligner que rien n’oblige les Français à investir dans l'industrie de défense. La Constitution française et la Déclaration des droits de l'homme garantissent la protection de la propriété privée et de l'épargne. Les mesures de saisie directe semblent peu probables, à moins d'une crise majeure qui pourrait déclencher des interventions indirectes.
La mise en place de ce fonds témoigne de l'ambition du gouvernement de mobiliser l'épargne privée pour soutenir un secteur stratégique sans recourir à de nouvelles taxes. Ce dispositif offre aux investisseurs une opportunité d'engagement dans un domaine crucial, mais son caractère risqué accompagne cette attractivité. Avec un blocage des fonds réduit, cette offre vise à rendre l'investissement plus accessible et, potentiellement, plus flexible pour les épargnants. Toutefois, chaque particulier demeure libre de gérer son épargne selon ses propres choix et priorités.







