La voie semble ouverte pour le rachat de Fnac Darty par Daniel Kretinsky. Le milliardaire tchèque devrait poser son offre publique d'achat (OPA) d'ici la fin du mois, après réception du feu vert de l'Autorité des marchés financiers (AMF). La Commission européenne, quant à elle, examinera les implications concurrentielles de cette opération. Kretinsky pourrait ainsi contrôler à la fois Fnac Darty et Editis, une société qu'il a acquise à Vivendi en 2023. Son précédent propriétaire, Vincent Bolloré, avait dû se séparer d'Editis après avoir pris le contrôle d'Hachette.
Le principal enjeu pour Bruxelles réside dans le double rôle potentiel de Kretinsky en tant que fournisseur et distributeur, ce qui pourrait fausser la compétitivité en favorisant les livres d'Editis au sein de Fnac. Cependant, les membres de la profession, comme le président du Syndicat national de l'édition (SNE), Vincent Montagne, affirment adopter une attitude proactive face à cette situation. "Nous regardons cette opération dans un esprit constructif, à condition que les propositions soient acceptables", a-t-il déclaré.
“Nous regardons cette opération dans un esprit constructif pour autant que les remèdes qui vont être proposés soient acceptables”
Pacte de non-agression
Loin de se positionner en adversaire, le PDG d'Hachette, Arnaud Lagardère, a exprimé une certaine sérénité concernant l'arrivée de Kretinsky, affirmant : "Daniel n’est pas un ennemi". En effet, ce dernier a consolidé son empire à la suite des difficultés rencontrées par Lagardère, notamment en rachetant divers actifs, y compris des titres de presse. Lagardère n'a donc pas de raisons de provoquer des conflits, d'autant plus que son groupe est également un fournisseur de livres.
Jean-Christophe Thierry, directeur général adjoint d'Hachette, a ajouté qu'il y avait "de la place pour tout le monde" sur un marché actuellement en déclin de 1,2 % chez Fnac Darty, où le livre représente désormais seulement 10 % des revenus du groupe. "Nous n'avons aucun intérêt à privilégier Editis par rapport à d'autres éditeurs", insiste le groupe.
“Nous n’avons aucun intérêt à privilégier Editis par rapport à d’autres éditeurs”
Le SNE et d'autres acteurs envisagent de mettre en place un comité de surveillance pour garantir l'équité sur le marché. La décision de la Commission européenne est attendue cet été.
Dans un contexte où Kretinsky a déjà été actionnaire principal de Fnac Darty sans représentant au conseil d'administration, les inquiétudes semblent contenues. Un proche d’Editis assure qu'il n'y a eu ni distorsion du marché ni favoritisme. La prudence du secteur face à ce rachat pourrait être finalement une bonne ancienne habitude.







