A la tête du Gifi de Montigny-lès-Cormeilles dans le Val-d’Oise, Anthony Guimbaud partage son désespoir alors que l’enseigne de décoration discount fait face à une chute de ses activités. Depuis 2019, celui qui a démarré avec enthousiasme se retrouve aujourd'hui, avec sa sœur, dans une bataille judiciaire contre l'entreprise.
Malgré une façade qui semble opérationnelle, avec des rayons bien remplis et des clients, l'arrière-plan est bien plus sombre. "C'est une illusion, il y a un gouffre derrière cette apparence," confie Anthony, 48 ans, dont l'enthousiasme initial s'est mué en désillusion.
Le piège d’un statut ambigu
Un des principaux soucis d'Anthony réside dans son statut de gérant mandataire, qu'il qualifie de "bâtard". Bien qu'il dirige sa propre société, il ne possède ni le stock ni le fonds de commerce, la propriété revenant à Gifi. En contrepartie, il perçoit un pourcentage de 16 % sur le chiffre d'affaires, un montant figé depuis une décennie. "Survivre dans ces conditions est devenu mission impossible," déclare-t-il, frustré par l'inflation qui étrangle ses marges.
Pour lui, tout a basculé pendant la crise du Covid-19. Obligé de maintenir son magasin ouvert sans vente significative, il a vu s’envoler sa trésorerie pour payer ses employés. En effet, son équipe, qui comptait 17 personnes, n'est aujourd'hui plus que de sept, tous étant confrontés à une charge de travail énorme dans un espace de 3 000 m².
Un magasin en mode survie
Malgré ces défis, le magasin n'a pas su se redresser, ce qui reflète la situation générale de Gifi dans un marché de plus en plus concurrentiel. "Nous restons à la traîne face à des enseignes comme Action et B&M, et notre offre de produits devient obsolète," observe Anthony, alors que son chiffre d'affaires a chuté de 1,2 million d'euros.
Il dépeint un tableau de fatigue et de polyvalence au sein de son équipe, qui doit maintenir la performance du magasin dans un climat de pression constante. "On est tous sur le fil," explique-t-il, exposant également sa perte de contrôle sur certains aspects de la gestion, comme la fixation des prix.
Dénonciation d’un système sectaire
Maryline Roux, 55 ans, sa sœur et gérante d'un autre magasin, soutient qu'elle a même dû contracter un emprunt personnel pour compenser ses dettes. "On n’est jamais informés des problèmes financiers de Gifi, qui impactent directement notre vie professionnelle," déplore-t-elle. L'ancienne proximité avec le fondateur, Philippe Ginestet, contraste fortement avec leur situation actuelle, qu'elle décrit comme une trahison dues à un manque de communication.
« Voilà ce que m’a fait Gifi »
Anthony adopte un ton semblable, qualifiant le système de "sectaire" et regrettant les conflits familiaux qu'il a causés. Avec sa sœur, ils ont décidé d'intenter une action en justice contre Gifi, espérant ainsi que d'autres gérants, souvent muets de peur, trouveront le courage de s’exprimer. Leur avocat résume bien leur situation : "Le statut de gérant mandataire contourne le droit du travail, laissant les individus sans protection." La réponse de Gifi à leurs accusations demeure pour l’heure inédite.







