Les groupes séparatistes de l'Alberta ont soumis lundi une pétition contenant les signatures de plus de 300 000 citoyens, ouvrant ainsi la voie à un vote décisif sur l'éventualité d'une sécession de cette province riche en ressources.
Sous un ciel bleu agrémenté de drapeaux provinciaux, les indépendantistes ont remis cette pétition à Elections Canada, espérant concrétiser un premier référendum sur la question dès cet automne.
"Nous ne nous identifions pas au reste du Canada", a déclaré Mitch Sylvestre, le leader des séparatistes, lors d'un entretien avec l'AFP. Ce dernier accuse le gouvernement fédéral, dominé par les libéraux, de mépriser l'industrie pétrolière albertain, pointant un décalage entre les valeurs conservatrices locales et la gouvernance actuelle.
Si historiquement marginal, le mouvement indépendantiste a gagné en visibilité ces derniers mois. Bien qu'ils représentent encore une fraction minoritaire des électeurs, des sondages récents montrent un soutien croissant, atteignant désormais près de 30% des Albertains, un seuil jamais atteint auparavant.
Certains analystes, comme Michael Wagner, historien indépendant, soutiennent que même en cas de défaite lors du référendum, le mouvement indépendantiste aura profondément modifié le paysage politique albertain. "La dynamique enclenchée ici ne s'arrêtera pas simplement", a-t-il affirmé à l'AFP.
Les frustrations envers le gouvernement fédéral, en particulier celui de Pierre Elliott Trudeau, se nourrissent d'un sentiment d'exclusion. L'Alberta, intégrée à la confédération canadienne en 1905, a souvent été perçue comme une province oubliée par les décideurs d'Ottawa. L'imposition du Programme énergétique national en 1980, qui augmentait le contrôle d'Ottawa sur l'industrie pétrolière locale, n'a fait qu'exacerber ces tensions.
Pour des Albertains comme Tammy Kaleta, présente lors de la remise de la pétition, les Trudeaus père et fils incarnent un régime qui a relégué sa province au second plan. À 64 ans, elle exprime un besoin de reconnexion au sein du système politique fédéral, estimant que ce mouvement est une source d'inspiration pour elle et beaucoup d'autres.
Cependant, ce mouvement n'est pas sans opposition. Thomas Lukaszuk, ancien vice-Premier ministre et fervent opposant à l'indépendance, s'inquiète de la montée en puissance des séparatistes. Son groupe, "Alberta Forever Canadian", vise à garder l'Alberta au sein du Canada, et il pointe du doigt les liens ostensibles que la Première ministre conservatrice, Danielle Smith, entretient avec Donald Trump, estimant que cela alimente les ambitions séparatistes.
Des récentes déclarations, y compris un soutien implicite du ministre américain des Finances, Scott Bessent, qui a qualifié l'Alberta de "partenaire naturel des États-Unis", renforcent cette mouvance. Lukaszuk admet que certains griefs exprimés par les séparatistes sont légitimes, notamment le traitement de l'industrie pétrolière qui reste cruciale pour l'économie locale. "Je n'ai jamais vu ma province aussi divisée qu'elle ne l'est aujourd'hui", conclut-il, nostalgique d'une époque où la cohésion sociale prévalait.







