Avez-vous déjà pensé à mettre du steak de cheval dans votre assiette ? Autrefois un produit courant, la viande de cheval semble avoir quitté les tables françaises. "Quand j'étais jeune, mes parents en achetaient souvent", se remémore une cliente rencontrée au Salon de l'agriculture à Paris. Pourtant, elle avoue qu'elle n'en consomme plus depuis longtemps, malgré le fait que ce soit une "viande savoureuse". Un jeune homme, quant à lui, dit acheter "de temps en temps" de la viande de cheval, reconnaissant qu'ils aiment cela, mais sans en faire une habitude.
"Je n’en ai jamais mangé, mais je serais ouverte à essayer", confie une jeune femme tailant la question. "C'est vrai qu’on est moins familiers avec le cheval qu'avec le bœuf."
Comme cette jeune femme, la demande pour la viande chevaline a considérablement diminué en France. D'après les statistiques d'Agreste, la consommation s'élevait en 2024 à seulement un peu plus de 4.700 tonnes, contre plus de 25.000 tonnes en 2004. Les chiffres mettent également en lumière une baisse drastique des abattages d'équidés, réduits à moins de 4.000 par an.
Il est à noter que seulement 4,5 % des ménages français ont acheté de la viande de cheval fraîche en 2024, une chute par rapport aux 14,1 % en 2013, selon FranceAgriMer. "Avant, nous avions beaucoup plus de chevaux car ils jouaient un rôle vital dans le travail des champs, des villes, et même dans les mines. Ils nourrissaient les travailleurs à la fin de leur vie", souligne Stéphane Dugois, éleveur franc-comtois participant à l'événement. Aujourd'hui, le cheval est perçu comme un animal de loisir plutôt qu'un animal d'élevage, modifiant la perception de sa consommation.
Au-delà des arguments éthiques, la baisse de popularité de la viande chevaline est attribuée à un manque de transmission de ces traditions culinaire entre générations. Aujourd'hui, beaucoup de Français ne savent pas cuisiner cette viande ni même qu'elle est une option. De plus, l'offre reste limitée : les supermarchés en proposent peu, ce qui contribue à la méconnaissance de ce produit.
15% de consommateurs potentiels
Une étude de l'Institut français du cheval et de l'équitation (IFCE) révèle que 61 % des non-consommateurs de viande chevaline la rejettent pour des raisons éthiques, tandis que 29 % citent des obstacles pratiques tels que le prix ou le manque de disponibilité. Cela signifie qu'il existe un potentiel : 15 % de la population française pourrait être ouverte à consommer de la viande de cheval.
"Ces acheteurs potentiels, représentant 15 % de la population, laissent entrevoir une chance réelle d'augmenter la consommation avec des stratégies adaptées", indique l'étude de l'IFCE.
Les producteurs de viande chevaline, conscients de ce potentiel, renforcent leurs efforts. Au Salon de l'agriculture, des éleveurs montrent des chevaux de différentes races, mettant en avant leurs qualités bouchères. "C'est une viande riche en fer", souligne Guy Arestier, président de la section équine d'Interbev. De nombreuses initiatives ont été lancées pour rapprocher le produit des consommateurs, notamment des événements de dégustation.
Stéphane Dugois présente sa viande chevaline en expliquant qu'elle est "très tendre, juteuse et maigre". Elle rivalise facilement avec d'autres viandes comme le bœuf, avec un prix par kilo comparable. De davantage, les efforts se concentrent sur les jeunes, qui montrent une attente croissante pour découvrir ce type de viande.
Des importations à bas coût
Malgré ces efforts, la filière est confrontée à des obstacles, notamment une forte concurrence des importations à bas prix. En 2024, la France a importé plus de 5.800 tonnes de viande chevaline, majoritairement en provenance d'Amérique du Sud, alors que les productions françaises sont majoritairement destinées à l'exportation. Cette situation crée un dilemme pour les éleveurs français, souvent découragés par la difficulté de valoriser leurs produits.
"La qualité de notre production est reconnue à l'international, mais nos coûts restent élevés", déplore Guy Arestier.
Les producteurs alertent sur le fait qu'une relocalisation de la production est essentielle pour la préservation de certaines races menacées de disparition. Les dommages à la filière sont déjà visibles, avec une réduction de moitié des élevages de chevaux de trait en France entre 2000 et 2005. "Chaque année, plus de 40.000 chevaux sont envoyés à l'équarrissage", souligne-t-il, incitant ainsi à réfléchir sur une meilleure valorisation de ces animaux comme source de protéines.
Pour le bien de la filière, les acteurs cherchent à développer des solutions viables, permettant de connecter le producteur au consommateur tout en préservant une excellente qualité et une origine française. Ce défi ambitieux pourrait redynamiser la consommation de viande de cheval, restaurer une tradition culinaire et contribuer à la souveraineté alimentaire.







