Me Pierre-Henry Billard et Me Nicolas Bensa ont décidé de s'exprimer publiquement afin de défendre leur client, le père Yves Grosjean, actuellement accusé de pédo-criminalité. "La justice semble s'égarer, influencée par les parties civiles", déplorent les avocats dont le client reste en détention provisoire.
"On ne peut pas justifier la détention prolongée du Père Grosjean par le désir d'apaiser les parties civiles", affirment Maître Billard et Maître Bensa au micro d’ICI Bourgogne. Le père Yves Grosjean est derrière les barreaux depuis huit mois, visé par cinq plaintes pour agressions sexuelles, initialement portées par des mineurs. Mercredi dernier, la cour d'appel de Dijon a de nouveau refusé sa mise en liberté sous contrôle judiciaire, le maintenant en détention pour quatre mois supplémentaires en attendant son procès.
"Aujourd'hui, c'est le temps de l'enquête, pas de la sanction"
Me Billard a exprimé sa préoccupation concernant l'approche actuelle de la justice, la qualifiant de "pré-sentencielle". L'accusé a reconnu quatre agressions lors de sa seule audition en huit mois. Selon Me Bensa, le fait que Grosjean soit un homme d'église impacte le traitement de ce dossier : "La médiatisation des affaires au sein de l'Église créent un climat qui complique notre défense". L'avocat souligne que sans la notoriété du prêtre, la libération aurait été plus probable.
La justice avance que la détention est nécessaire pour éviter tout risque de pression sur les victimes. Cependant, Me Billard rétorque : "Qui ignore que les téléphones portables existent en prison? Si le père Grosjean voulait influencer les témoins, il pourrait le faire depuis longtemps". Il a également proposé que son client soit placé dans un monastère avec un bracelet électronique, une option qui n'a pas trouvé écho favorable à la cour d'appel.
Un collectif de victimes qui joue un rôle dans l'enquête
Treize victimes ont été identifiées dans cette affaire ; cinq ont porté plainte, et les autres ont été révélées grâce aux efforts du collectif "La Parole accueillie". Véronique François, mère d'une des premières victimes, joue un rôle clé dans cette mobilisation. Les avocats du père Grosjean voient ce collectif comme un élément perturbateur, arguant qu'il semble surenchérir dans le dossier au lieu de laisser la justice faire son travail.
Ils pointent également plusieurs lacunes dans l'instruction : à savoir un unique interrogatoire en huit mois, l'absence de confrontations avec les victimes, et une expertise psychiatrique des plus sommaires. Me Bensa se montre particulièrement inquiet concernant l'avancement de cette affaire et call into question la lenteur du système judiciaire.
Un nouvel examen de la détention du prêtre est prévu en juin prochain. Si cette prolongation est confirmée, la défense n'exclut pas de faire appel. D'ici là, le père Grosjean pourrait cumuler un an de détention dans une maison d'arrêt, où il est placé à l'isolement pour sa sécurité.







