Détroit d'Ormuz : le renouveau inquiétant de la piraterie d'État

Découvrez comment le détroit d'Ormuz devient un enjeu de pouvoir global.
Détroit d'Ormuz : le renouveau inquiétant de la piraterie d'État

Depuis le début d'avril, une évolution majeure bouleverse le commerce mondial sans que ses ramifications complètes aient été saisies. Dans le détroit d'Ormuz, les navires désireux de rejoindre le golfe Persique doivent désormais longer les côtes iraniennes et fournir aux Gardiens de la révolution des détails sur leurs cargaisons, propriétaires et équipages, tout en payant un droit de passage pouvant atteindre deux millions de dollars, parfois réglé en yuan ou en cryptomonnaie. L'île de Larak, par laquelle se déroule ce nouveau transit, est devenue dans la presse maritime internationale le célèbre "péage de Téhéran".

Un retournement spectaculaire s'est produit en quelques jours. Lors d'une interview le 8 avril, Donald Trump a décrit ce péage iranien comme "une belle chose" sur son réseau social, laissant entrevoir des profits grâce à un partenariat avec Téhéran. Cependant, suite à l'échec des pourparlers à Islamabad le 12 avril, il a qualifié ce péage d'"illégal" et annoncé un blocus naval américain, effectif le 13 avril. Une flotte de guerre américaine, incluant une dizaine de bâtiments et plus de dix mille hommes, s'est déployée au nord de la mer d'Arabie pour intercepter les cargos, menaçant de couler tout navire iranien tentant de forcer le passage.

Ce que l'Iran impose d'une part, ce que les États-Unis construisent de l'autre, n'est ni une taxe ni un droit souverain, mais un véritable tribut d'un côté et un blocus de l'autre; une confiscation du passage au nom d'une raison d'État.

Ce qui devait être une crise régionale a rapidement pris les contours d'une crise mondiale des routes maritimes. Le détroit, ouvert puis refermé selon les négociations, est désormais utilisé comme un levier de pression par chaque camp. En remplaçant le péage iranien par un blocus unilatéral, l'administration américaine ne défend pas la libre circulation; elle impose une nouvelle forme de contrôle motivée par des préoccupations nucléaires, tout aussi indifférente au principe de liberté qu'elle prétend défendre.

Cette situation n'est pas nouvelle; elle fait écho à l’histoire de la piraterie d'État. Téhéran accole ce terme aux actions de Washington, démontrant un va-et-vient dans les accusations réciproques. À cet égard, la Chine critique également la décision américaine, la qualifiant de "dangereuse et irresponsable". Ce phénomène rappelle les pratiques historiques des puissances maritimes.

Les tensions actuelles ne concernent pas seulement l'Iran et les États-Unis; elles affectent également l'Europe, qui dépend largement de ces routes pour ses approvisionnements énergétiques. Environ 80 % du commerce international passe par la mer, et sa fluidité repose sur la stabilité des règles qui la régissent. Pendant des décennies, la marine américaine a garanti cette stabilité. Aujourd'hui, elle applique un blocus unilatéral, un tournant historique.

Le 17 avril, une réunion à Paris de 49 pays, dont la France et le Royaume-Uni, a demandé la réouverture immédiate du détroit, Emmanuel Macron insistant sur le fait que toute restriction ou péage équivalait à privatiser le passage. Cependant, l'Iran a réagi en refermant Ormuz, exacerbant la situation. L'inquiétude grandit quant à l'idée qu'un État moins puissant puisse défier la première puissance mondiale simplement grâce à une position géographique.

Ce fait devrait susciter des inquiétudes bien au-delà du Golfe : un État d'une puissance militaire inférieure à celle des États-Unis réussit à maintenir un statu quo face à la première puissance mondiale.

En conséquence, il revient à l'Europe, notamment à la France, de défendre le principe de liberté de circulation, considérée comme un bien commun de l'humanité. Les biens communs, lorsque personne ne les défend, perdent leur existence. L'enjeu est clair : Ormuz ne doit pas être vendu ou bloqué par la force, car ce détroit appartient à tous. De cette réalité dépend non seulement la liberté de circulation et de commerce, mais aussi notre propre liberté collective.

Julien Ravalais est essayiste, spécialiste en commerce international et diplomatie économique.

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