L'essentiel
Longtemps à l'avant-garde de la santé publique mondiale, les États-Unis, sous la présidence de Donald Trump, s'éloignent de l'OMS et remettent en question leur propre expertise scientifique. Une dynamique aux conséquences potentiellement graves non seulement pour les États-Unis, mais aussi pour la sécurité sanitaire internationale.
Depuis les recommandations pour traiter le Covid-19 avec des produits ménagers, le rapport de Donald Trump à la santé et aux sciences suscite des inquiétudes. Son retour à la Maison Blanche a renforcé cette dérive avec le retrait des États-Unis de l’Organisation mondiale de la santé. Cela a également été impacté par des personnalités controversées comme le ministre de la Santé, Robert Kennedy Jr, connu pour ses positions anti-vaccins, dont les répercussions concernent à la fois la santé des Américains et celle de la communauté mondiale.
Un héritage à préserver : le rôle historique des États-Unis en santé publique
Il est particulièrement alarmant de voir les États-Unis, qui ont été leaders en santé mondiale depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, adopter une approche de désengagement. La création des CDC à Atlanta en 1946 et de l’OMS en 1948 a marqué un tournant : une ère de surveillance organisée, de partage d’informations et de réponse collective face aux épidémies. Avant ces avancées, les flambées de maladies infectieuses étaient souvent plus rapides que les informations disponibles, comme l’a démontré la grippe de 1918.
Ce capital de coopération et d'expertise est aujourd'hui menacé. Le retrait des États-Unis de l’OMS ne se limite pas à une simple question de financement : il entraîne des conséquences techniques et politiques. Une coopération réduite avec les États-Unis signifie moins de données, de partages d’expertise et de coordination entre les CDC et les réseaux internationaux. Les flux d'informations sont cruciaux pour identifier rapidement les anomalies, optimiser les vaccins et déployer les équipes de réponse face à des menaces telles que la grippe aviaire ou Ebola.
Bien que l’OMS subsistera sans les États-Unis, son efficacité sera inéluctablement diminuée, menant à des réponses plus longues et moins coordonnée aux crises sanitaires mondiales.
Les conséquences des coupes budgétaires internes
Au sein même des États-Unis, cette érosion de l'expertise se traduit également par des coupes budgétaires dans les agences de santé, des licenciements au sein des CDC et des NIH (National Institutes of Health), ainsi que l'absence de certains comités d'experts. L'arrivée de Robert Kennedy Jr dans le paysage politique a déplacé l'orientation des décisions sanitaires. Là où la science devrait guider, ce sont maintenant des théories complotistes qui prennent la parole, sapant la crédibilité des CDC.
Dans un contexte où les États-Unis subissent une résurgence de maladies autrefois maîtrisées par la vaccination, cette dégradation ne pourrait pas arriver à un pire moment. Les conséquences ne sont pas toujours immédiates : un retard dans une alerte, un manque de données, ou une recommandation qui n’est plus prise au sérieux peuvent avoir des effets dévastateurs.
En romptant avec l’OMS et en sapant ses propres institutions, l'Amérique de Trump fragilise les fondations qui ont contribué à sa sécurité sanitaire, ainsi que celle du monde, depuis près de quatre-vingts ans.







