Confronté à des bouleversements géopolitiques perçus comme une trahison, le peuple israélien éprouve un sentiment profond d'abandon, laissant place à une appréhension quant à la fin d'un monde ancien.
Ce matin, en pédalant vers la mer, mes pensées s'égaraient, lorsque j'ai croisé un buggy, ces véhicules robustes sans portes. De l'intérieur, la musique d'Aviv Geffen et Berry Sakharof résonnait, interprétant leur chanson emblématique, "La fin du monde". Ce morceau, largement connu en Israël, raconte un amour sur fond de désespoir, au moment où l'espoir et les rêves semblent s'évanouir.
Plus tard, la mélodie s'est mêlée à mes réflexions. Sof HaOlam évoque plus qu'une simple fin ; c'est un seuil, un endroit où l'on atteint une limite insoupçonnée, un moment de confrontation avec l'inconnu.
La question qui anime notre société depuis l'accord signé par Trump avec l'Iran est celle de savoir si nous faisons face à une "fin du monde" ou, du moins, à "la fin d'un monde". Cet accord, négocié via le Qatar et le Pakistan, ne fait pas que légitimer le programme militaire iranien ; il remet aussi en question notre sécurité et notre souveraineté, suscitant une réaction d'incompréhension face à ce retournement.
Le mot "trahison" résonne sur toutes les lèvres. Les visages reflètent l'inquiétude de ceux qui cherchent à comprendre cette décision inattendue de Trump.
Mon trajet m'a conduit jusqu'à une côte sauvage, majestueuse mais à la fois périlleuse. Dans ce lieu impénétrable, j’ai ressenti une forte dissociation entre le Sof HaOlam et le Ein Sof, ce concept juif représentant l'infini, le potentiel illimité qui précède toutes les formes et définitions.
Intriguée par la langue hébraïque, j'ai réalisé qu'elle regorge d'expressions liées aux fins. Par exemple, Sof HaOlam smola, littéralement "au bout du monde, à gauche", est souvent utilisée pour désigner des lieux inaccessibles. Même dans les coins les plus reculés, la langue suggère toujours une direction, une possibilité. Au-delà de cette perception de fin, elle propose un chemin à emprunter.
Ces derniers mois, le peuple israélien oscille entre cette sensation d'apocalypse et l'idée qu'un renouveau est possible, que nous pouvons forger un avenir à partir de ce Ein Sof qui s'ouvre devant nous. Nous devons surpasser l'impression d'être piégés par une puissance que nous pensions être notre alliée.
Face au bleu de la mer, je m'interroge : cette chanson m'était-elle destinée ? Dans le refrain d'Aviv Geffen et de Berry Sakharof, il est dit que la fin du monde ne découle ni de la guerre, ni de la trahison, mais de notre incapacité à rêver. Le choix qui s'offre à nous est puissant.
Nous pouvons percevoir cet accord comme un signe de notre solitude face à des ennemis plus redoutables, et ainsi atteindre le Sof HaOlam, où tout semble se terminer. Alternativement, nous pouvons envisager cette secousse comme la fin d'une illusion : celle que notre destin échappe à nos mains, que des forces extérieures garantiraient notre avenir mieux que nous-mêmes.
Depuis le 7 octobre, Israël réévalue sa force, qui ne se limite pas à ses ressources militaires. Elle réside dans notre capacité à rebâtir lorsque tout paraît perdu, à espérer lorsque l'horizon semble obscurci.
Ainsi, nous vivons entre le Sof HaOlam et le Ein Sof. Ce sentiment de stagnation peut simultanément receler l'aube d'une nouvelle ère. Comprendre que la conclusion d'un chapitre n'implique pas nécessairement la fin d'une saga. Parfois, les fermetures de portes révèlent de nouveaux horizons.
Sur cette falaise, contemplant l'horizon, j'en viens à réaliser que chaque catastrophe apparente pourrait bien être le reflet d'une illusion évanouie. Ainsi, c’est par la confrontation à nos limites que s’ouvre une vaste pléiade de possibilités.







