CHRONIQUE. Le récent sommet de l’OTAN a marqué un tournant significatif au sein de l’Alliance, Washington appelant les États européens à investir davantage dans leur propre défense, à assumer les coûts de la guerre en Ukraine et à se coordonner avec les priorités américaines, notamment en ce qui concerne la Chine. Cette approche transactionnelle, incarnée par l’ère Trump, reste difficile à appréhender pour l’Europe.
Dans ce contexte de tensions croissantes entre l’Atlantique et l’Europe, un acteur suscite un intérêt particulier : la Turquie. Contrairement à d'autres pays européens, comme l'Italie de Meloni qui a souvent été critiquée par Trump, la Turquie d'Erdogan bénéficie d'une attention favorable, malgré son discours hostile envers l'Europe. Ce traitement privilégié n’est pas le fruit du hasard.
La Turquie, avec ses atouts stratégiques majeurs — de la gestion des détroits reliant la mer Noire à la Méditerranée à la possession de la deuxième plus grande armée de l'OTAN — s'est imposée comme un acteur régional clé. Son influence s'étend sur des terrains tels que le Levant, le Caucase, la mer Noire et même l'Afrique. De plus, Erdogan multiplie les opportunités de dialogue avec des acteurs variés, y compris la Russie et plusieurs pays arabes, illustrant une stratégie multipolaire opportuniste. Comme l'a souligné le site *Valeurs Actuelles*, cette dynamique trouve écho dans la politique étrangère de Donald Trump, qui privilégie des alliances avec des pays capables de gérer leurs propres crises.
La Syrie : un laboratoire géopolitique
La situation en Syrie illustre parfaitement cette nouvelle orientation stratégique. Depuis la fin de la guerre civile, la Turquie a renforcé son emprise dans le nord, soutenant des groupes jihadistes qui menacent la stabilité de la région. Dans ce cadre, l'influence turque est perçue comme un atout par les États-Unis, qui cherchent à réduire leur engagement direct. Des experts notent qu'Ankara pourrait jouer un rôle essentiel dans la stabilisation de la région, allégeant ainsi le fardeau américain.
Cette logique de réduction d'interventions américaines s'applique aussi au Caucase, où l’alliance entre Ankara et Bakou s'est consolidée. Cette synergie pourrait s'avérer capitale pour limiter l'influence russe, tout en permettant aux États-Unis de maintenir un œil sur la région sans y engager des ressources militaires importantes.
Une Europe marginalisée face à un néo-impérialisme turc
Pour les nations de l'Union européenne, l'évolution des relations entre Ankara et Washington constitue une mise en garde. L’absence d’une véritable autonomie militaire en Europe demeure préoccupante, rendant les États européens dépendants des décisions américaines. Le financement accru de la défense par les Européens, exigé par Washington, souligne cette inégalité et suscite un sentiment d'insatisfaction croissant.
Cette montée en puissance de la Turquie crée des inquiétudes non seulement pour la France, mais aussi pour d'autres pays de la région, y compris Israël. Avec des relations tendues entre Ankara et Jérusalem, le rôle croissant d’Erdogan pourrait remettre en question le poids stratégique d'Israël dans le paysage moyen-oriental. Selon des analyses, même si les États-Unis continuent de soutenir Israël, la politique américaine pourrait évoluer vers une approche davantage axée sur la Turquie, ce qui crée des tensions entre les alliés traditionnels.
Le sommet de l’OTAN : un signe de transformation des alliances
Le sommet de l’OTAN a révélé un changement dans la nature des alliances occidentales, passant d'une approche fondée sur des valeurs partagées à une diplomatie pragmatique axée sur des intérêts immédiats et des rapports de force. Ce changement, bien que parfois perçu comme cynique, correspond à une réalité déjà bien ancrée dans l’arène géopolitique. Avec un rôle plus important pour la Turquie et une dépendance croissante de l'Europe vis-à-vis des États-Unis, la réorganisation des relations internationales semble inévitable.







