Le Medef ne souhaite pas rester silencieux lors de la prochaine campagne présidentielle. Lors d'une conférence de presse récente, son président, Patrick Martin, a révélé un "plan d'action déterminé" visant à faire entendre la voix des dirigeants d’entreprises avant le premier tour du scrutin programmé dans un an.
"Nous serons très présents et très vocaux", a-t-il déclaré.
Pour concrétiser cette démarche, le Medef prévoit un dispositif en plusieurs étapes jusqu'à mi-2027. Cela commence par le lancement, ce mois-ci, d'une consultation nationale des dirigeants pour recueillir leurs avis. Les résultats de cette enquête seront présentés lors de la prochaine REF (Rencontres des entrepreneurs de France) en août et feront l'objet d'une discussion à cette occasion. Des forums régionaux seront également organisés tout au long de l'année pour aborder des questions économiques à un niveau local.
Ce n'est qu'en janvier que l'organisation proposera concrètement les résultats de ces consultations sous forme de propositions économiques et sociales, qui seront débattues avec les candidats à l'élection présidentielle en février prochain. D'autres sessions similaires devraient avoir lieu localement en amont des législatives, si dissolution il y a.
Patrick Martin déplore l'attention portée au Rassemblement national
Durant cette période d'échanges d'idées, le Medef reste clair sur sa volonté de "dialoguer avec tous les acteurs politiques". Cette remarque fait écho à un dîner controversé entre Marine Le Pen et plusieurs dirigeants du CAC 40 la semaine dernière. L'organisation patronale accueillera également Jordan Bardella à déjeuner la semaine suivante, tout en précisant qu'Olivier Faure a été reçu plus tôt en février. D'autres invitations ont été envoyées aux différentes formations, avec l'attente de Marine Tondelier et Édouard Philippe prochainement.
Patrick Martin a tristement constaté l'attention excessive portée aux relations du Medef avec le Rassemblement national. "Peut-on exclure le RN de nos échanges politiques ? Non, c'est une réalité qu'il faut reconnaître", a-t-il affirmé. Il a déploré que certains médias suggèrent que le patronat aurait adhéré massivement aux idées du RN, qualifiant cette interprétation de "fausse".
"Tous les chefs d'entreprise ne se lèvent pas en se demandant quel est leur rapport avec le Rassemblement national", a-t-il ironisé.
Il a expliqué que les dirigeants s'interrogent davantage sur les programmes politiques en général. Par ailleurs, le Medef n'exclut pas de soutenir un programme politique avant les élections, tant que celui-ci demeure compréhensible. Cependant, le programme de la France insoumise semble peu susceptible d'attirer le soutien du Medef : "Il n'y a pas une sensibilité LFI particulièrement forte dans nos rangs", a admis Patrick Martin.
Remettre l'économie au cœur du débat public
Attendons de connaître les positions du Medef concernant les candidats, Patrick Martin a exprimé ses inquiétudes quant à un "paradoxe" : bien que l'image de l'entreprise soit à son meilleur dans l'opinion publique, les enjeux économiques ne sont pas pris en compte dans les discussions publiques et politiques. "Il est crucial de remettre l'économie au centre des débats", a insisté Patrick Martin.
"Nous sommes de plus en plus inquiets de constater l'éloignement des politiques des questions économiques, sociales, environnementales et numériques", a-t-il dénoncé.
Il a également soulevé une "méconnaissance des décideurs" concernant les dynamiques mondiales alors qu'on observe la désorganisation des règles commerciales internationales et une politique commerciale "erratique" de certains pays. En ce sens, il a noté que les responsables politiques affichent une faible référence à l'international.
Patrick Martin a dressé un bilan préoccupant de la situation française, évoquant un creusement du fossé entre l'Europe et la France. Il a souligné de nombreux défis à relever pour le futur président, notamment le "déclassement éducatif", le faible taux d'emploi des jeunes, la fragilité du modèle social, et la solvabilité des finances publiques, qu'il a qualifiées d'"absolument catastrophiques". Il a néanmoins exprimé une certaine optimism en affirmant que le pays a la capacité de redresser la barre, mais qu'il ne faut pas tarder.







