Avec l'engrenage persistant du conflit en Ukraine, le Kremlin fait face à une lassitude croissante au sein de la population, ainsi qu'à des difficultés économiques. Selon le site d'investigation Dossier, ces facteurs poussent les stratèges du Kremlin à élaborer un projet de sortie de crise.
Ce document, révélé par Dossier, aurait été soumis à l'administration présidentielle (AP) à la fin de l'hiver, selon des sources proches de cette entité. L'article, paru le 7 mai, met en lumière l'inquiétude croissante pour la situation sur le front et l'état de l'économie.
"Les défis actuels sont préoccupants," déclare une source anonyme citée dans l’article.
Composé d'une dizaine de pages, le document présente des éléments de communication destinés à "vendre" un accord de paix avec l'Ukraine, malgré les lourdes pertes russes et l'absence de résultats tangibles. Parmi les arguments avancés, une phrase clé émerge : "Il faut savoir s’arrêter à temps. En faire trop pourrait être un échec, et prolonger le conflit deviendrait une victoire à la Pyrrhus."
Les risques d'une poursuite de la guerre sont nombreux selon cette présentation : "L'épuisement des ressources, l'augmentation des impôts, les réductions d'effectifs, sans compter les menaces de frappes aériennes et de terrorisme, ainsi que les possibles pertes face aux États-Unis dans la création d'un nouvel ordre mondial."
Sortir par le haut
Dossier précise que ce plan ne s’inscrit pas dans une dynamique de négociations, mais reflète plutôt une intention de l'AP concernant le traitement médiatique du conflit. Cela inclut des motifs comme la nécessité de territorialité en Donetsk, la région encore sous contrôle ukrainien.
Les experts du Kremlin, appelés polittechnolog, s'efforcent donc de bâtir un récit qui tournera l'issue du conflit en une "grande victoire", mettant en lumière les succès remportés : des avancées territoriales, l'extension du territoire russe, l'établissement de millions de nouveaux citoyens russophones, et le renforcement interne du pays.
Convaincre les va-t-en-guerre
Les strategistes anticipent une réaction négative si la guerre, ayant coûté des centaines de milliers de vies russes, se termine sans succès visible. Particulièrement difficile à convaincre, la communauté dite "Z", composée d'ultrapatriotes qui n'ont pas participé au conflit mais attendent toujours des résultats concrets.
Pour apaiser ce groupe problématique, le document évoque de réduire leur visibilité médiatique, tandis qu'il est essentiel de faire émerger des voix plus modérées parmi les opinions publiques.
"Il est incertain si le président Vladimir Poutine validera ce plan visant la paix. Il n'a pas confirmé publiquement l'imminence d'une fin du conflit," note Dossier. Néanmoins, deux jours après la publication, Poutine a, lors d'une conférence de presse à l'occasion du Jour de la Victoire, évoqué la possibilité d'une résolution.







