"Nous devons honorer les familles": 51 ans après les premières disparitions, de nouvelles fouilles ont débuté lundi dans le cimetière du tueur en série Émile Louis. L'espoir de retrouver les dépouilles de ses victimes, et peut-être d'autres, demeure.
Des chapiteaux blancs ont été installés et une grue était en action dès le matin, dans une zone boisée près de Rouvray (Yonne), à environ 17 km au nord-est d'Auxerre.
C'est ici qu'Émile Louis, décédé en prison à l'âge de 79 ans en 2013, a confessé avoir enterré sept jeunes femmes handicapées mentales, disparues entre 1975 et 1979. Ce superbe lieu, traversé par la petite rivière Serein où il aimait pêcher, deviendrait le théâtre de récents espoirs.
En ce jour, des camions de gendarmerie et de pompiers occupaient le site, tandis que les médias restaient à l'écart. Ni la gendarmerie ni le parquet n'ont précisé les moyens déployés pour ces fouilles.
Ancien chauffeur de car, Émile Louis a été condamné à la perpétuité en 2006. En 2000, il avait révélé l'emplacement de ce cimetière, mais seuls deux corps ont été retrouvés jusqu'à présent.
En effet, le 23 octobre 2004, deux cercueils ont été inhumés après une cérémonie à la cathédrale d'Auxerre, entourés de cinq bougies pour honorer les autres disparues. Me Didier Seban, avocat des familles, se souvient, "Il y avait deux cercueils et, à côté, cinq bougies". "Nous avions promis de rendre leur corps aux familles", ajoute-t-il à l'AFP.
"Nous devons donner une sépulture à ces familles", souligne Pierre Monnoir, président de l’Association de défense des handicapées de l’Yonne (ADHY), exprimant son désir de retrouver les restes des victimes.
Outre les victimes déjà répertoriées, les fouilles cherchent également des indices concernant une potentielle huitième victime, Marie Jeanne Ambroisine Coussin, dont le crâne a été trouvé en décembre 2018 sur le même site. "Elle était très probablement une huitième victime", soutient Me Seban.
Jacques Ponce, fils de Mme Coussin, partage son souhait, "Je veux que nous puissions fouiller tout le bois, pour ma mère, mais aussi pour les autres victimes". Patrice Darlaut, 75 ans, habitant de Rouvray, ajoute, "Pour les familles, ce serait quelque chose de bien si l'on pouvait retrouver quelque chose", tandis qu'un voisin doute avec un "C'est trop tard".
Ces nouvelles fouilles, les troisièmes en moins de deux ans, viennent après des opérations en automne 2024 et mai 2025, qui avaient été interrompues sans résultats concluant. Des vêtements et un vélo avaient été retrouvés, mais pas de restes humains.
Marie-Denise Pichonnier, procureure de la République d'Auxerre, explique que ces fouilles devraient durer environ quinze jours. Me Seban espère que la recherche se poursuivra en cas de découvertes. "La rivière le Serein est capricieuse", note-t-il, "et des corps ont pu être emportés par le courant, mais les recherches doivent continuer".
Les coûts s'élèvent à 100.000 euros pour les fouilles de 2025, un montant que le parquet a déjà évoqué. "Nous devons donner une sépulture aux familles, l'État a tant failli dans cette affaire", conclut l'avocat. Cette enquête, vieille de plus de cinq décennies, a révélé des dysfonctionnements que même le ministère de la Justice a reconnus.







