Un jour de janvier, Morgane, 27 ans, a reçu un message d'Alexis*, qui lui a présenté son activité avec un ton enjôleur. "Salut, tu aurais deux minutes ? J'ai un business qui cartonne : l'OFM" expliquait-il, tout en partageant des images de luxes et des promesses de gains fabuleux.
Sur son compte Instagram, il affichait des photos à Dubaï avec des supposés résultats financiers impressionnants. "Gagner 10.000 dollars en une semaine", clamait-il. Morgane, attirée par ces promesses, était intriguée, mais elle ressentait quelque chose de troublant.
"Je suis à la recherche d'une modèle française (...) tu as un super profil", affirmait le jeune homme, encore étudiant selon son profil.
L'OFM, ou Onlyfans management, vise à soutenir les créateurs de contenus sur des plateformes comme Onlyfans et Mym. Depuis la crise sanitaire, la fréquentation de ces sites, y compris ceux à caractère sexuel, a considérablement augmenté.
De nombreux jeunes hommes attirés par la promesse d'une richesse rapide se lancent sous l'égide de ces managers. Leurs publications ressemblent souvent à des comptes identiques : voitures luxueuses, hôtels à Dubaï, et des graphiques démontrant des gains mensuels exorbitants.
Des approches via les réseaux sociaux
Pour élargir leur portée, les managers de l'OFM ciblent non seulement les femmes déjà actives dans la création de contenu, mais aussi des inconnues sur les réseaux sociaux. Une formation suggère d'envoyer jusqu'à 600 messages par jour pour maximiser l'impact.
Morgane témoigne : "Depuis deux ans, je reçois régulièrement de telles sollicitations, que ce soit sur Instagram ou d'autres plateformes. C'est constant". Inès*, 22 ans, a également constaté ce phénomène : "Je reçois ces offres alors que je ne suis même pas une créatrice de contenu".
Les promesses d'un succès rapide
Souvent, ces messages précisent qu'une réussite rapide est à portée de main en rejoignant ces plateformes. Cependant, des rapports montrent que la majorité des utilisateurs d'Onlyfans ne gagnent pas des sommes aussi élevées que prétendues.
Une étude gouvernementale a révélé que le revenu moyen était loin des 10.000 euros promis, signalant que seule une infime partie correspondait à ce chiffre débordant. Les managers, cependant, continuent de pousser des histoires impressionnantes, prétendant aider leurs modèles à réaliser des rêves: payer des loyers ou acheter des maisons.
Cependant, ces offres ne viennent pas sans coûts : les managers peuvent réclamer jusqu'à 60% des revenus générés par les créatrices. Inès refuse catégoriquement de répondre : "Je sais que leur persécution commence souvent par un échange".
Des pratiques inacceptables
Les démarches de ces managers ne sont pas régulées, et certains parlementaires appellent à des changements législatifs. Dans un rapport récent, des députés, incluant Arthur Delaporte et Stéphane Vojetta, soulignent que ces démarches massives visent aussi des mineures.
Nessaya, 21 ans, partage son expérience : "J'ai commencé à recevoir ces sollicitations à 17 ans. Ils ne se gênent même pas". Certains managers n'hésitent pas à aborder des jeunes filles malgré les indications claires de leur âge sur les profils.
Lors d'une rencontre avec Alexis, Morgane a d'ailleurs menti sur son âge pour tester sa réaction. La réponse ne s'est pas faite attendre, avec des suggestions inappropriées pour passer à un autre canal, Telegram, pour contourner les règles d'Onlyfans.
Une proposition de loi en préparation
Pour lutter contre ce phénomène préoccupant, une nouvelle législation est en discussion à l’Assemblée nationale, visant à établir une nouvelle infraction pour le démarchage des mineurs. L'objectif : renforcer les sanctions à l'encontre des approches malintentionnées.
Marie Mercier, l'autrice de cette proposition, souligne que le but est de décourager des pratiques liées à la vulnérabilité. Elle souhaite voir la pénalité s'élever jusqu'à sept ans d'emprisonnement et 150.000 euros d'amende pour les contrevenants.
Dans ce cadre, il est également question de dénoncer les abus dont les créateurs de contenu peuvent faire l'objet : vol d’argent, sollicitation à des contenus de plus en plus audacieux, harcèlement moral, etc. Cela montre l’urgence d’une intervention législative pour protéger les personnes les plus vulnérables sur ces plateformes.







