Paris (France) – Gisèle Pelicot, figure emblématique de la lutte contre les violences sexuelles, témoigne de son parcours de vie et de sa volonté de se reconstruire dans un entretien accordé à l'AFP. À l'occasion de la sortie de ses mémoires, Et la joie de vivre (Flammarion), traduites en 22 langues, elle évoque son désir de retrouver un équilibre et un bonheur durable.
Après avoir traversé des turbulences personnelles, dont un procès historique contre ses agresseurs, parmi lesquels figurait son ex-mari, Gisèle diffuse un message d'espoir. "Je vais mieux. Après le procès, j'ai effectué un balayage sur ma vie et je m'efforce de me relever de cette période destructrice. Même dans les moments les plus sombres, j'ai tenté de capturer des instants de joie, car mon regard se tourne vers l'avenir", explique-t-elle.
La force de son récit provient de sa capacité à transformer son expérience en un symbole de résilience. "Je pense que les ressources que nous possédons en nous sont souvent insoupçonnées jusqu'à ce que la nécessité nous pousse à les mobiliser. C'est un message que je voudrais transmettre aux victimes", ajoute-t-elle, soulignant l'importance de la reconstruction personnelle.
Ce livre n'est pas seulement le reflet de ses douleurs, mais aussi un hommage à trois générations de femmes de sa famille : sa grand-mère, sa mère et elle-même. "Leur exemple m’a appris à faire face à l’adversité. Avoir perdu ma mère si jeune a accéléré ma maturité", confie-t-elle. Malgré les souvenirs douloureux, elle s'efforce de ne pas réduire sa vie à ces tragédies : "Je ne peux pas tout balayer d'un revers de main; il faut apprendre à coexister avec nos tragédies pour aller de l'avant. Si je fais cela, je sombre."
Cherchant à confronter son agresseur, elle espère pouvoir lui poser des questions en face à face. "Je ressens le besoin de comprendre. Comment a-t-il pu infliger un tel enfer à notre famille ?", se demande-t-elle. Bien qu'aucune date ne soit encore fixée, elle reste déterminée à trouver cette réponse.
Sa relation avec ses enfants évolue également. "La souffrance de ma fille Caroline est dévastatrice. Elle navigue entre colère et doutes, mais je m'efforce d'être présente pour elle. C'est une démarche vers l'apaisement que je considère essentielle", souligne Gisèle.
Dans un élan de réflexion, elle fait part de sa vision sur le féminisme et les avancées sociales : "Le changement des mentalités est indispensable pour accompagner les lois en faveur du consentement. Cela passe par l'éducation et l'implication des parents auprès de leurs enfants. Nous ne pouvons pas changer la société juste en votant des lois. Cela requiert une profonde transformation des esprits."
Gisèle Pelicot termine son entretien avec un puissant message d’espoir : "Malgré les épreuves, nous pouvons nous autoriser à nouveau à goûter au bonheur. C'est ce que je m'efforce de faire. Vivre sans amour, c'est vivre sans lumière. J’ai la chance d’aimer de nouveau, et c’est extraordinaire."
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