Le président de la République démocratique du Congo (RDC), Félix Tshisekedi, a récemment fait une annonce surprenante : il ne se refuse pas à l'idée d'un troisième mandat, sous condition que cela soit le souhait du peuple, exprimé par référendum. Cette déclaration a provoqué un sentiment de déjà-vu parmi les observateurs de la politique africaine, souvent marquée par des dirigeants cherchant à prolonger leur règne.
"C'est un scénario bien connu sur le continent, qui ne surprend plus personne," ironise le quotidien guinéen Le Djely. Il stipule qu’un président en poste désireux de modifier la Constitution pour lever les limites de mandats pourrait invoquer la volonté populaire pour justifier ses ambitions. "L'annonce de Tshisekedi n'apporte rien de nouveau, mais mérite d'être considérée en toute transparence," ajoute-t-il.
Lors d'une conférence de presse de plus de deux heures, le président a éludé une demande explicite d'un troisième mandat, affirmant plutôt que, "si le peuple le souhaite, je l'accepterai," comme rapporté par Bloomberg.
Arrivé au pouvoir après une élection contestée en 2018 et réélu en 2023, Tshisekedi serait à la fin de son second et dernier mandat selon la Constitution de 2006, comme le rappelle Média Congo. L’an dernier, il avait déjà évoqué des souhaits de révisions constitutionnelles, laissant planer le doute quant à sa volonté de briguer un nouveau mandat.
Un schéma bien connu dans la région
Évoquant la situation instable dans l’est du pays, actuellement sous l'emprise du groupe rebelle M23, Tshisekedi a justifié le risque d'un report des élections de 2028, affirmant "malheureusement, tant que la guerre se poursuivra, je ne pourrai pas organiser de scrutins," selon Bloomberg.
De plus, comme le souligne Radio Okapi, il a exprimé qu'il considère sa "responsabilité présidentielle" d'assurer une stabilité politique, exploitant ainsi les difficultés sécuritaires du pays comme justification pour une prolongation de son mandat, une manœuvre dénoncée par le journal Le Djely.
Tshisekedi prétend également que des "réformes de la justice" en partenariat avec les États-Unis nécessiteraient des ajustements constitutionnels. Des experts, interrogés par Actualité.cd, mettent en garde contre l'instrumentalisation de cette collaboration pour justifier des changements de la Constitution.
De l'avis des opposants, le président semble vouloir se maintenir au pouvoir, une critique relayée par Le Djely, qui y voit un schéma récurrent en Afrique centrale, évoquant d’autres chefs d'État comme Teodoro Obiang Nguema ou Paul Biya, qui cumulent plusieurs décennies au pouvoir.
“Tshisekedi se dévoile enfin”
Jean-Claude Mputu, politologue, exprime ses préoccupations : "Tshisekedi semble vouloir s'engager sur une voie que nous n'allions pas attendre de lui, surtout au regard du parcours de son père, symbole de lutte contre la dictature"," a-t-il déclaré lors d'une interview avec Deutsche Welle. Pour le londonien Le Djely, on assiste à une révélation du véritable visage de Tshisekedi.
La Constitution de 2006, acquise durement après des décennies de dictature et de conflits, est désormais vue comme un "pacte essentiel" pour la stabilité politique du pays. Un référendum sur son amendement serait, selon les analystes, une option plus que préoccupante pour le futur démocratique de la RDC.
Le refus d'un troisième mandat semble acquis, et l'hésitation de Tshisekedi à organiser un référendum soulève des questions fondamentales sur le respect de la volonté populaire. Jean-Claude Mputu s’interroge : "Quelle population souhaite modifier la Constitution ? Quels sont les réels souhaits du peuple ?" Ce questionnement est d'autant plus pertinent dans un contexte où un référendum implique un processus électoral.
"Les oppositions à Tshisekedi auront fort à faire," conclut Le Djely, avertissant que son alliance avec des partenaires internationaux, notamment les États-Unis, a des implications profondes pour la démocratie congolaise.







