Depuis plus de trois ans, le Soudan est en proie à une guerre civile dévastatrice. Dans un reportage poignant publié par la Süddeutsche Zeitung, l'écrivain et journaliste allemand Navid Kermani dresse un tableau aussi terrifiant que touchant de ce pays ravagé par les conflits.

En avril 2023, la lutte pour le pouvoir entre le général Abdel Fattah Al-Burhan, chef des Forces armées soudanaises, et son ancien allié Mohamed Hamdane Daglo, connu sous le nom de Hemeti, a plongé le Soudan dans une guerre fratricide, annihilant les espoirs de liberté émergents après la chute du régime d’Omar Al-Bachir.

Au cœur de Khartoum, la capitale meurtrie, Kermani explore les visages marqués par la douleur et l'espoir indéfectible des Soudanais. "La musique soudanaise peut sembler joyeuse même en chantant la souffrance," note-t-il, évoquant l'ambiance d'un unique libraire et d'une mosquée où la mélodie est encore entendue malgré le désespoir ambiant.

“Dès la première chanson, beaucoup dans le public ont déjà les larmes aux yeux.”

Le journaliste croise également le chemin d'Anna, une femme marquée par des violences inhumaines, qui témoigne de sa douleur, tandis que sa fille, conçue lors d'un viol, repose sur ses genoux. "J'ai appris à haïr ce qu'on appelle l'homme," déclare-t-elle avec un mélange de tristesse et de détermination.

La voix fragile de l’espoir

Accompagné de Talal Mohammad Zubair, un jeune documentariste des luttes passées, et de son équipe, Kermani tente de se rendre à El-Obeid, une région menacée par les Forces de soutien rapide (FSR). Cependant, l'angoisse d’un massacre imminent les pousse à rebrousser chemin. La rencontre d'un village martyr en dit long sur la tragédie quotidienne, où le père de deux enfants a été tué en défendant sa famille.

"Il te faut un demi-centimètre d’espoir pour survivre," confie Mohammad Abdin, un homme qui essaie de reconstruire sa vie malgré les pertes atroces qu'il a subies.

Pénètre à travers des villages et des camps de réfugiés, l’équipe de Kermani s'arrête près des pyramides de Gebel Barkal, où la voix d'un jeune homme chantant le Coran résonne avec une beauté poignante. "Pourquoi les guerres au Soudan sont-elles si nombreuses et cruelles, alors que les Soudanais semblent si doux ?" s'interroge le journaliste à la fin de son périple.

Les causes de cette tragédie semblent ancrées dans des appétits matériels, des ingérences étrangères et l’apathie de la communauté internationale. "La guerre au Soudan concerne nos vies, mais elle est aussi bien cachée que l’or dans les coffres-forts occidentaux," conclut Kermani, révélant ainsi la douleur d'un peuple souvent oublié.