Le Sénat a voté dans la nuit de lundi à mardi 30 juin une mesure décriée permettant la réintroduction de pesticides interdits. Le gouvernement est inquiet pour le sort de cette loi d’urgence agricole, un an après la fronde contre la loi Duplomb.
Des tensions agricoles persistantes depuis l'hiver dernier, des partis politiques divisés, et des associations en colère... Les sénateurs ont frappé fort dès le début de l'examen du projet de loi d'urgence agricole en réintroduisant certaines mesures de la loi Duplomb, précédemment censurées par le Conseil constitutionnel l'année dernière.
Avec 183 voix pour et 129 contre, la chambre haute a donné son feu vert à la réintroduction encadrée de deux insecticides, l'acétamipride et le flupyradifurone. Bien que ces produits soient interdits en France, ils sont toujours autorisés ailleurs en Europe. Laurent Duplomb, à l'origine de cette mesure, a plaidé que la France se trouve isolée en interdisant ces molécules. « Nous étouffons notre production de fruits pour finir par importer les mêmes produits traités avec ces mêmes substances, » a-t-il affirmé, soulignant les impacts négatifs sur des filières comme celles de la betterave ou de la cerise.
Un gigantesque renoncement
De l'autre côté, les sénateurs de gauche ont dénoncé cette décision comme une « surenchère pro-pesticides », soutenue par des associations environnementales. Le sénateur écologiste Daniel Salmon a dénoncé « un gigantesque renoncement », tandis que le socialiste Jean-Claude Tissot a qualifié cette réintroduction de « retour inacceptable en arrière ».
Le gouvernement, quant à lui, semble peu à l'aise face à cette mesure controversée qui pourrait compromettre l'avenir du projet de loi. La ministre de l'Agriculture, Annie Genevard, a exprimé ses craintes : « Cette question est tellement virulente qu'elle pourrait nuire au texte dans son ensemble, » a-t-elle averti. De son côté, Monique Barbut, ministre de la Transition écologique, a rappelé l'importance d'agir prudemment lorsque des doutes existent sur la santé humaine et la biodiversité.
Deux ministres, deux points de vue
Les tensions ne se limitent pas qu'aux pesticides. Le Sénat, dominé par la droite, prévoit également d'assouplir les contraintes sur la gestion de l'eau et les tirs de défense contre le loup. Ces propositions complexifient les négociations à venir entre les députés et les sénateurs, qui auront la tâche délicate de trouver un compromis mi-juillet lors d'une commission mixte paritaire.
Alors qu'une canicule exceptionnelle a exposé à nouveau la question de la gestion des ressources en eau, le Sénat semble déterminé à modifier les obligations environnementales liées à la construction de réservoirs. Les positions des ministres sur ces questions divergent, avec Annie Genevard récusant la notion de « reculs environnementaux », contrairement à sa collègue qui s'inquiète de certains « reculs » déjà observés.
Les débats s'annoncent longs, avec plus de 800 amendements à examiner. La situation reste complexe, alors que le gouvernement doit naviguer entre les demandes des agriculteurs et les préoccupations environnementales croissantes des citoyens.







