Il y a sept siècles, un pape originaire de Lozère, baptisé Guillaume de Grimoard à Bédouès, régnait sur la chrétienté.
En sortant du Palais des papes, Urbain V pensait ne jamais revenir à Avignon. Il est resté dans l’histoire comme celui qui a ramené l'Église à Rome, la Ville éternelle. Avignon, quant à elle, a été marquée par une parenthèse historique sous six papes, dont lui-même, un des six papes français.
Élu en 1362, Urbain V ne s’attendait pas à être désigné pape, n'étant ni cardinal ni évêque. Les éminences ecclésiastiques, occupées à se disputer la position, ont laissé place à un abbé de monastère issu de Bédouès. Un chroniqueur, surpris par ce choix, s’est exclamé : "Pourquoi avoir choisi un simple abbé alors qu'ils avaient tant d'hommes remarquables parmi eux ?".
Urbain V, un personnage atypique, né dans les Cévennes, a marqué son époque. Engagé dans une réforme de l'Église, il décide de mettre fin aux pratiques de népotisme, tout en conservant un certain équilibre, comme l'illustre l'historien Yves Chiron dans son livre Urbain V le bienheureux. Bien qu'il condamne la cupidité de certains membres du clergé, il est important de noter que sa bienveillance n'était pas absente, préférant nommer des proches, comme son frère, au cours de son pontificat.
Dans son dessein de rétablir la paix, il envisage même une croisade. Cependant, il n’a pas la même fougue dans la répression des hérésies que ses prédécesseurs, optant pour une approche plus tempérée tout en appuyant certains jugements sévères.
Né en 1309, au début de l'exil des papes en Avignon, Urbain V a passé son enfance à Génévaud. En tant que jeune homme, Guillaume de Grimoard a brillamment poursuivi ses études à Montpellier et Toulouse, où il s’est particulièrement distingué en droit canon, devenant moine au sein de l’abbaye bénédictine Saint-Victor de Marseille.
Rattaché à un monastère à Auxerre et au service du pape Innocent VI, il devait apprendre à jongler avec les intrigues ecclésiastiques. Une anecdote révélatrice reste celle de l'affront qu'il subit par l'archevêque d'Auxerre, qui lui fit une gifle en raison d'un différend fiscal. Cette humiliation ne l’a pas empêché de gravir les échelons. Le poète Pétrarque, fan des valeurs romaines, a également joué un rôle crucial en incitant Urbain à défendre le retour à Rome, voyant dans cette démarche un moyen de restaurer la gloire de la papauté.
Le pape devenu Saint
Ses derniers jours en tant que pape furent marqués par des tensions, où son appel à la réformation tombait souvent aux oreilles sourdes. Sa mort en 1370 a laissé un goût amer, mêlé de regrets pour un pontificat interrompu avant de pouvoir donner les fruits escomptés. Les miracles attribués à sa personne après sa mort et sa canonisation en 1870 par Pie IX font de lui une figure emblématique et inspirante, renforçant l’héritage de la spiritualité chrétienne.
Urbain V reste à jamais ancré dans l’histoire comme un pape dont le parcours atypique et les défis ont façonné son héritage au sein de l'Église et du monde chrétien.







