Des agences de recrutement locales semblent offrir des emplois prometteurs en tant qu’électriciens ou plombiers à des jeunes hommes en Afrique, mais finissent par les amener à signer des contrats militaires en cyrillique et à combattre sur le champ de bataille ukrainien.
Récemment, plusieurs médias, dont The Guardian, ont rapporté des témoignages poignants de jeunes Africains, devenus malgré eux des soldats au service de Moscou en Ukraine.
En novembre, le gouvernement ukrainien a identifié 1 436 citoyens de 36 pays africains ayant été enrôlés de force par la Russie. Parmi eux, on compte au moins 200 Kényans, selon les autorités de ce pays. « Les Africains sont dupés pour aller se battre, puis ils sont traités comme des numéros », a dénoncé l’ambassadeur ukrainien à Pretoria, Oleksandre Chtcherba.
Le schéma de recrutement est similaire à chaque fois : des réseaux locaux se servent des agences d’emploi afin d’attirer des jeunes Africains vers des postes alléchants en Russie, exploitant ainsi un taux de chômage local alarmant. Comme en témoigne Stephen Oduor, un Kényan de 24 ans, promettre un salaire de 100 000 shillings par mois (environ 651 euros) est un appât efficace, surtout lorsque la réalité du Kenya offre des salaires nettement plus bas.
Outre le témoignage d'Oduor, l’AFP rapporte également les expériences de quatre Kényans qui, attirés par des promesses salariales alléchantes, se retrouvent finalement au service de l’armée russe. Bibiana Wangari, mère d'un jeune homme recruté, raconte comment son fils a été enlevé à son rêve d'un emploi en mécanique pour être finalement déployé en première ligne.
« Je ne savais pas comment tirer »
Une fois arrivés en Russie, beaucoup de ces jeunes hommes réalisent trop tard la gravité de leur situation. Evans Kibet, un autre Kényan, témoigne avoir signé un contrat militaire sans en comprendre les implications. « Ils sont habiles et savent comment vous faire signer », déclare-t-il, soulignant que le manque d’info peut conduire à des situations tragiques.
Stephen Oduor, après seulement trois jours de formation rudimentaire, se retrouve directement au front, sans aucune préparation. Leur vécu sur le terrain est souvent marqué par des mauvais traitements, y compris des humiliations raciales, comme le montre une vidéo authentifiée par CNN.
Les gouvernements africains réagissent
Face à l’ampleur du phénomène, les gouvernements kényan et sud-africain commencent à faire entendre leur voix. Cyril Ramaphosa, président sud-africain, a confirmé avoir abordé avec Vladimir Poutine la question du rapatriement des Sud-Africains en Ukraine. Nairobi, de son côté, a qualifié d'inacceptable la transformation de ses citoyens en « chair à canon » et a prévu une mission diplomatique à Moscou suite à des pertes humaines sur le terrain.
En 2024, les services de renseignement militaire ukrainiens avaient déjà alerté sur une intensification du recrutement d’Africains par Moscou. Bien que ces recrutements visaient historiquement des mercenaires aguerris, maintenant, des jeunes sans expérience se retrouvent dans cette tragédie. La réalité de 20 000 étrangers dans les rangs de l’armée russe met en lumière un phénomène préoccupant qui nécessitera une réponse collective.







