Trois membres de la brigade fluviale plongent dans la Seine, équipés d'un drone sous-marin qui envoie des images en temps réel à l'écran au-dessus. Leur mission consiste à identifier trois épaves de voitures repérées précédemment. Le projet LETHE, lancé il y a six mois par la gendarmerie, ambitionne de cartographier tous les cours d'eau en France afin de déceler des véhicules immergés et potentiellement, des cadavres restés piégés à l'intérieur. L'objectif est clair : retrouver des disparus et résoudre des affaires non élucidées, souvent appelées « cold cases ».
L'adjudant-chef Yohan Gérard, en charge de la brigade de Conflans-Saint-Honorine, souligne l'importance de ce projet. "L'élément déclencheur a été la découverte d'ossements dans la Seille, alors que l'on fouillait une voiture immergée", explique-t-il. Il s'agissait du corps d'un homme qui reposait sous l'eau depuis quarante ans. "Il existe plusieurs centaines d'épaves connues qui ne sont pas encore recensées dans le cadre d'enquêtes", ajoute Gérard.
Une centaine de plongeurs mobilisés
Les unités fluviales, réparties dans tout le pays, comprennent environ une centaine de plongeurs. "Seuls les plongeurs peuvent accéder aux lieux, ce qui rend nécessaire leur numérisation pour rendre compte aux autorités judiciaires", explique Gérard. Pour ce faire, les équipes utilisent un sonar pour repérer les voitures sous l'eau, suivies d'une phase d'analyse où les plongeurs identifient les modèles, marques et l'état des véhicules.
Le travail de recherche des épaves est particulièrement minutieux. Selon Gérard, "la fouille peut demander beaucoup de temps, car il faut enlever les tonnes de vase accumulées avec les années." Les plongeurs utilisent des techniques archéologiques, y compris des aspirateurs subaquatiques, pour garantir qu'il n'y a pas de restes humains encore présents.
Un budget contraignant pour le repêchage
Le repêchage des véhicules est proposé mais reste une option coûteuse. En général, les voitures demeurent sous l'eau. Equipés de drones et d'appareils photo, les plongeurs réalisent des clichés des véhicules. Si des ossements sont découverts, la photogrammétrie est alors utilisée pour créer des reconstitutions 3D.
Le projet LETHE s'effectue en collaboration avec le Pôle des crimes non élucidés du tribunal de Nanterre et bénéficie de l'appui de la division des affaires non élucidées de la gendarmerie. Depuis le début de cette initiative, plusieurs corps ont été découverts, mais les détails restent confidentiels en raison de la nature sensible des enquêtes en cours. Cette approche innovante associe technologie et enquête criminelle pour enfin lever le voile sur des mystères longtemps gardés secrets.







